Jean-Paul Rouve : « Notre état d’esprit, c’est “Tuche pas à mon pote” »
Alexandre Lazerges

Les Tuche à Buckingham Palace. « Big time ! »
LTD/Pathé Films
Alexandre Lazerges

Les Tuche à Buckingham Palace. « Big time ! »
LTD/Pathé Films
En pleine morosité hivernale, les Tuche sont de retour pour détendre l'atmosphère. L'histoire de cette famille déjantée qui a décroché le gros lot au Loto dans le premier film (2011) et dont les quatre épisodes cumulent maintenant 14 millions d'entrées dit quelque chose de notre état d'esprit collectif.
Dans cette cinquième aventure, le petit-fils Jiji est sélectionné pour un stage de foot organisé à Londres par l'équipe d'Arsenal. Il part accompagné de la tribu au grand complet, qui souhaite visiter cet étrange pays voisin. Ils provoqueront par naïveté quelques impairs impardonnables lorsqu'ils seront invités par le roi à une impayable partie de campagne.
Pour décrire cette famille, Jean-Paul Rouve, qui interprète Jeff Tuche aime filer la métaphore sportive : « C'est comme à Roland-Garros en 1989 quand Michael Chang fait un service à la cuillère. Il déconcerte Lendl, qui perd le point bêtement. Les Tuche, c'est pareil, c'est le petit grain de sable qui vient enrayer une machine bien huilée, ici la monarchie anglaise. »
Par leur maladresse, les Tuche détraquent chaque nouvel environnement auquel ils sont confrontés. Mais en exprimant leur bienveillance et la modernité de la France des terroirs dont ils sont issus. « C'est le décalage avec l'Angleterre qui est sujet à blague, et l'opposition culturelle avec la Grande-Bretagne, éclaire très sérieusement le journaliste et essayiste, spécialiste des modes de vie, Jean-Laurent Cassely (coauteur avec Jérôme Fourquet de La France sous nos yeux). Les Tuche sont des gens d'en bas qui sèment la pagaille quand ils débarquent et, à la fin, tout le monde les trouve super sympas parce qu'ils ne sont pas individualistes. »
Mieux, dans ce cinquième épisode, la famille se colore d'une certaine dose de féminisme, à l'avantage de Cathy Tuche (Isabelle Nanty). « Le pouvoir de Cathy, c'est un des aspects que nous avons le plus développés, explique Jean-Paul Rouve. Elle ne se laisse pas faire, elle veut conduire la Renault 21 break et prendre une certaine indépendance. Elle n'hésite pas à tenir tête à son mari, même si elle est toujours contente quand il est à ses côtés. »
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

On est certes loin d'un féminisme radical, mais ce souci de l'image des femmes cherche à être en phase avec l'époque. Jean-Laurent Cassely enfonce le clou : « Les Tuche séduisent parce qu'ils proposent une projection idéalisée de la famille française. Les parents s'aiment et forment un couple fusionnel, même après des années de vie commune. L'homosexualité de Wilfried, le fils aîné, est bien acceptée, mamie Tuche vit avec eux et non dans un Ehpad, Stéphanie, la fille, élève seule son enfant métis, soutenue par la parentèle. Bref les Tuche sont soudés. »
Cela ne les empêche pas d'afficher certains marqueurs hyper franchouillards, comme leur patois teinté d'expressions absurdes, leur passion pour les frites qui n'a d'égale que leur incapacité à parler anglais, et leur inculture joyeusement crasse. « Leur côté Bidochon offre une ambivalence entre attitudes rétro et contemporaine qui permet d'éviter l'écueil du rance et du réactionnaire », conclut le journaliste.
La question se poserait même de savoir si les Tuche sont devenus "woke", voire écolos avec leur éolienne dans le jardin. « On regarde la société évoluer avant d'écrire le scénario, souligne Jean-Paul Rouve, qui réalise ce cinquième volet, mais plutôt que "woke", je dirais surtout que l'état d'esprit, c'est "Tuche pas à mon pote". Ils n'ont pas de jugement sur les autres, ils ne se comparent jamais, ils sont assez ouverts et, même s'ils n'en font qu'à leur tête, ils ne sont jamais méchants. »
À lire également
Même la question du handicap est abordée au travers de l'histoire d'amour entre Donald Tuche et Daisy, une jeune femme en fauteuil roulant. À l'arrivée, cette comédie qui n'a pas peur d'être lourdingue cherche à faire un bien fou. Pourquoi ? Parce que les Tuche sont heureux, que l'argent ne leur a pas fait perdre la tête et qu'ils restent eux-mêmes. Merci les Tuche ?
Alexandre Lazerges