« Apprendre », « La Pie voleuse », « Une nuit au zoo »... Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol et Charlotte Langrand

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine.
LTD/ STRANGE ANIMALS (COPPERHEART)/CHARADES/UMEDIA/APOLLO FILMS ; Matteo
Aurélien Cabrol et Charlotte Langrand

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine.
LTD/ STRANGE ANIMALS (COPPERHEART)/CHARADES/UMEDIA/APOLLO FILMS ; Matteo

Déjà, en 1993, dans son film Récréations, Claire Simon nous invitait à scruter la cour de récréation d'une école maternelle. On y découvrait un univers souvent violent, bien loin des clichés sur l'innocence enfantine et des regards attendris. Comme si les bambins prenaient un malin plaisir à reproduire entre eux et dès l'origine les travers et les comportements pour le moins rugueux des adultes.
Cette fois, et après s'être intéressée à des univers aussi différents que la gare du Nord à Paris, le bois de Vincennes, une école de cinéma ou le service de gynécologie d'un hôpital, la réalisatrice passe dans la classe supérieure du système éducatif en posant sa caméra et son œil aguerri au cœur de l'école Makarenko, à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), dans la banlieue sud de Paris.
Avec l'intention déclarée et assumée de filmer cette école élémentaire comme un bastion républicain, une fabrique du citoyen et de la cité. Cette fois, elle ne se limite pas à la seule cour de récréation et choisit au contraire d'aller dans les classes. Comme ce moment intense où elle montre le « quart d'heure de lecture » : des élèves concentrés, lèvres qui bougent et yeux qui suivent les lignes. Pour un exercice qui, selon leur enseignant, est pour certains l'unique moment de lecture de leur journée...
Contrairement à Récréations, les adultes - les enseignants - sont absolument présents dans le film. Car, s'il s'agit d'abord d'apprendre à lire, à écrire et à compter, ici on apprend également à lever le doigt et avoir envie que le maître ou la maîtresse dise : « C'est bien ! » Mais aussi à se parler dans la cour plutôt qu'à se battre... C'est tout cela et bien d'autres moments avec leur propre dramaturgie que Claire Simon, seule en immersion avec son preneur de son Pierre Bompy, capte avec une infinie délicatesse. Elle filme l'apprentissage avec ses joies mais aussi ses peines, s'attardant malicieusement sur cette règle en plastique qu'un élève tord avec force quand une question de grammaire le met lui-même à la torture.
Rien de paradisiaque ici, même si l'équipe pédagogique met manifestement tout en œuvre pour lutter contre les inégalités sociales et l'échec scolaire. En ouvrant notamment l'espace fermé de l'école au monde extérieur avec une sortie en Bateaux-Mouches ou un débat sur les coutumes religieuses. Ou en organisant la confrontation éclairante d'une visite d'élèves de l'École alsacienne, soit deux mondes a priori aux antipodes. Ou bien encore quand se pose la difficile question du handicap et de sa prise en charge au sein d'un environnement encore peu approprié.
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On touche alors et sans l'ombre d'une pesanteur didactique au propos principal : comment gérer les inévitables dissonances ? Comment inscrire chacun dans un projet universel ? Au centre se place chaque élève, chaque individu, chaque singularité évidemment, et pourtant, dans le même mouvement, s'impose la nécessité d'apprendre à être ensemble avec les autres.
Comme ce moment où tous les élèves reprennent en chœur le tube de Rihanna Diamonds. On peut parfois s'interroger lucidement sur l'utilité sociale du cinéma, surtout quand il se veut documentaire et par conséquent ancré dans le réel. De ce point de vue, Apprendre de Claire Simon apparaît comme une évidence, tant ce que la cinéaste nous montre entre en résonance avec les interrogations permanentes que chacun se pose sur l'école et la transmission.

Le plaisir du cinéma de Robert Guédiguian, c'est d'abord celui de retrouver la plupart du temps un lieu, le quartier de l'Estaque à Marseille, et une réjouissante bande d'acteurs, entre fidèles de la première heure (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan), plus récents « sociétaires » (Lola Naymark, Grégoire Leprince-Ringuet) et nouvelle venue (Marilou Aussilloux).
Avec La Pie voleuse, le cinéaste ne déroge pas non plus à la règle d'une chronique en forme de fable sociale. On pourra certes juger le propos moins ambitieux que celui du film précédent (Et la fête continue !), mais on aura tort. Le portrait de Maria (Ariane Ascaride), aide ménagère pour personnes âgées aisées, recèle bien des aspects d'une belle complexité. Pour pouvoir déguster de temps à autre quelques huîtres réconfortantes ou payer des leçons de piano à son petit-fils (comme toujours chez Guédiguian, la musique est salvatrice), elle prélève quelques euros en chèque ou en liquide à ses « clients ».
Elle qui ne compte ni ses heures ni sa gentillesse à leur égard. Le cinéaste est clairement de son côté et nous avec : ces petits larcins ne lèsent réellement personne, jusqu'au moment où un jeune bourgeois fils d'un volé y trouve à redire... Une fois de plus, Guédiguian parvient à mêler le tragique, la comédie et le trivial dans une alchimie qui n'appartient qu'à lui mais qui fait inévitablement penser au cinéma de Jean Renoir. Sa « petite musique » nous est devenue indispensable au fil de ses films, qui sont comme des chroniques en forme de miroirs.

La jeune louve Gracie s'ennuie dans son zoo de Colepepper... jusqu'au jour où une météorite s'écrase dessus, libérant un virus qui transforme les animaux en zombies mutants... Avec Dan, un puma bourru mais au bon fond, elle embarque un drôle d'équipage - un lémurien cinéphile, une capybara fougueuse, une autruche sarcastique et un singe perfide - pour délivrer les animaux du sortilège. Ce film d'animation enlevé et cinéphile reprend les codes des films d'horreur en les rendant inoffensifs, transformant ces gentils « monstres » en sortes de « gremlins » caricaturaux et drôles. Une façon d'initier les enfants aux films horrifiques en se faisant gentiment peur en famille.

Incarcéré à la prison de Sing Sing pour un crime qu'il n'a pas commis, Divine G (Colman Domingo) supporte la prison en consacrant tout son temps et sa créativité à l'atelier théâtre réservé aux détenus. Son objectif : monter Hamlet quand d'autres préfèrent jouer une comédie. Mais l'un des caïds ultra-violents du pénitencier, Divine Eye (Clarence Maclin), passe les auditions et change la donne dans le petit groupe...
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Inspiré d'une histoire vraie, Sing Sing était une des bonnes surprises du dernier festival de Deauville. Même s'il joue sur le thème déjà éprouvé du pouvoir thérapeutique de l'art en prison, cette histoire de fraternité jouée par ceux qui l'ont vraiment vécue montre avec pudeur ces « gueules » qui, grâce au théâtre, reprennent petit à petit l'espoir d'être libérés et récupèrent un peu de leur humanité perdue en s'autorisant à nouveau à rêver d'une nouvelle vie.
Aurélien Cabrol et Charlotte Langrand