« Mexico 86 », « Familia », « Un médecin pour la paix »... Nos critiques cinéma de la semaine
Aurélien Cabrol et Charlotte Langrand

Notre sélection cinéma de la semaine du 21 avril 2025.
LTD/20/20 Films ; Bac Films ; Damned Films
Aurélien Cabrol et Charlotte Langrand

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Le succès rencontré par le dernier film de Walter Salles, Je suis toujours là (oscar du meilleur film international en 2025), a permis de reparler de la brutale dictature militaire qui a sévi au Brésil à la fin du siècle dernier. Avec Mexico 86, le cinéaste mexicain César Díaz opère un travail de mémoire identique appliqué au régime du Guatemala à la même époque.

Dédié à la mère du réalisateur, le film suit l'itinéraire de Maria, militante révolutionnaire exilée à Mexico après l'assassinat de son mari par la junte. Elle y poursuit la lutte clandestine durant dix ans. Mais, alors que le Mexique s'apprête à organiser la Coupe du monde de football, sa mère, gravement malade, envoie à Maria son fils Marco, dont elle avait la garde au Guatemala.
Maria peut-elle garder son fils auprès d'elle, au risque de donner à ceux qui la pourchassent un moyen de pression affectif à nul autre pareil ? Oscillant entre interrogation intime et véritable suspense, Mexico 86 tient la note de l'émotion et de l'empathie à l'égard de ce personnage de mère écartelée. Bérénice Bejo, qui incarne Maria, porte le film de bout en bout. Tour à tour déterminée et fragile, changeant sans cesse d'apparence, elle est impressionnante de justesse.
Mexico 86, de César Díaz, avec Bérénice Bejo, Matheo Labbe, Leonardo Ortizgris, Julietta Egurrola. 1 h 33. Sortie mercredi.
Matrice protectrice pour certains, la familia de Luigi et de son frère Alessandro est tout sauf un cocon rassurant. Dans une Italie pauvre, ils sont les fils d'un père machiste et violent qui bat leur mère. Même si celle-ci réussira à l'éloigner, les scènes traumatisantes sont restées gravées dans leur mémoire. Jeunes adultes, ils digèrent leur enfance différemment : si « Ale » démarre un travail, « Gi » trouve un défouloir à sa propre violence dans la meute d'un groupe de skinheads et accepte de revoir son père...

Ce film noir et intense, adapté du livre autobiographique de Luigi Celeste Non sarà sempre cosi (« il n'en sera pas toujours ainsi »), décrit de l'intérieur et sans manichéisme le cercle vicieux des violences familiales, autant physiques que psychologiques. À la fois attirés et révulsés par la virilité violente, les hommes sont tiraillés entre leurs pulsions de domination et leur fragilité, entre leur père et leur mère, se demandant jusqu'où ils portent en eux - et reproduisent - la violence de leur géniteur.
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Les personnages sont enfermés dans des schémas toxiques où le monde extérieur échoue à les aider. Un film glaçant mais captivant, magnifiquement interprété et plusieurs fois récompensé dans des festivals, qui n'a rien à envier aux tragédies grecques.
Familia, de Francesco Costabile, avec Francesco Gheghi, Barbara Ronchi, Francesco Di Leva, Marco Cicalese. 2 h 04. Sortie mercredi.
La réalisatrice franco-américaine Tal Barda consacre ce documentaire à l'histoire violente et poignante d'Izzeldin Abuelaish, le premier médecin palestinien ayant obtenu le droit de pratiquer dans un hôpital israélien. En janvier 2009, des tirs d'obus sur sa maison de Gaza tuent ses trois filles et sa nièce, mais c'est la réaction du médecin - et du reste de sa famille -, refusant de céder à la haine contre les Israéliens qu'il côtoie, qui forcera le respect : il n'a jamais cessé de prôner publiquement et de réclamer une solution pacifique au conflit israélo-palestinien, ce qui lui vaudra d'être nommé cinq fois pour le prix Nobel de la paix.

Un portrait sidérant à la fois par le drame vécu par cet homme, sa dignité et sa volonté acharnée à rester pacifiste devant l'horreur. Mais un film qui, malgré l'espoir qu'il veut porter, laisse aussi une grande impression d'impuissance face à ce conflit inextricable, qui a pris une dimension encore plus tragique depuis le tournage.
Un médecin pour la paix, de Tal Barda. 1 h 32. Sortie mercredi.
Décidément, le cinéma argentin se porte bien. Le premier film de Federico Luis, Simón de la montaña, illustre ce renouveau. Pour s'en persuader, il suffit de voir sa scène d'ouverture durant laquelle un groupe de jeunes promeneurs tente de résister aux assauts déchaînés d'une tempête en montagne. Ensemble, unis, ils multiplient les gestes de solidarité pour tenir bon.

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On découvrira ensuite qu'il s'agit d'une communauté de jeunes adultes handicapés à laquelle Simón, le personnage principal, souhaite s'intégrer. Mais qui est vraiment ce jeune homme ambivalent partagé entre les siens et ces amis potentiels ? Le film suit ainsi avec beaucoup d'intelligence et de sensibilité le parcours d'une personnalité complexe en formation.
Simón de la montaña, de Federico Luis, avec Lorenzo Ferro, Pehuén Pedre, Kiara Supini, Laura Nevole. 1 h 38. Sortie mercredi.
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