Sa démarche, les poings vissés au fond de ses poches, et les chaussettes qu'il porte dans ses sandales lui donnent un air enfantin. Mais sa barbe blanche et hirsute ne trompe pas. Michel Colleu est un vieux routier... de la transmission. « Un passeur de chants », reprend-il en descendant l'une des rues pavées qui mènent au Rosmeur, l'ancien port de pêche de Douarnenez où s'alignent désormais les cafés au bord de l'eau.
Depuis les années 1970, Michel Colleu récolte et conserve les textes et les musiques des chansons que fredonnent encore les anciens. C'est à lui - « mais pas que », insiste-t-il - que l'on doit l'inscription des chants marins à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de France, en septembre dernier : « Est-ce à cause de son passé communiste ? de son tissu social et associatif très fort ? Je ne sais, mais toujours est-il qu'à Douarnenez, plus qu'ailleurs, on a toujours chanté du matin au soir. »
« Que ce soit pour se souvenir des naufrages passés, pour raconter la solitude en mer ou pour évoquer la vie près du port, il y a un chant pour tout. » Ses yeux se plissent et il fredonne : « Savez-vous comment on attrape / Les sardines à Douarnenez / Sans fusil sans piège sans trappe / Sans hameçon et sans épervier / On installe le long de la côte / Une rangée de boîtes en fer-blanc / Pas trop larges et pas trop hautes / Avec de l'huile d'olive dedans. » Il rit.