Christine Angot au pays de l’art
Olivier Mony

Christine Angot publie « La Nuit sur commande » aux éditions Stock.
DR / Editions Stock
Olivier Mony

Christine Angot publie « La Nuit sur commande » aux éditions Stock.
DR / Editions Stock
Camus écrivait qu'« il faut imaginer Sisyphe heureux » ; restreignons peut-être nos ambitions, mais imaginons un instant Christine Angot riant. De bon cœur, en plus, et férocement à la fois. C'est peut-être d'abord ça en effet que l'on entend à la lecture de son dernier livre, La Nuit sur commande, un rire somme toute libérateur qui n'épargne ni l'objet (ou plus précisément les objets) de son ironie assez dévastatrice ni - et c'est plus inattendu - elle-même.
Résumons l'affaire. Christine Angot s'est donc vu confier l'écriture d'un volume de la précieuse collection « Ma nuit au musée », dont l'objet, rappelons-le, est de proposer à des écrivains de passer une nuit dans le musée et d'en revenir avec un livre témoignant de différentes façons de l'épiphanie alors vécue... Ce fut ainsi pour Jakuta Alikavazovic, Lola Lafon ou Jean-Luc Coatalem (parmi d'autres), comme libérés paradoxalement par la commande, l'occasion de proposer peut-être leurs plus beaux textes. Et d'une certaine façon, c'est possiblement encore le cas cette fois-ci avec la « terrible, forcément terrible » Christine A.
Sollicitée par la directrice de la collection, Alina Gurdiel, elle choisit donc de trouver refuge, à tout seigneur tout honneur, au sein de la prestigieuse Bourse de commerce - Pinault Collection, accompagnée de sa fille Léonore. Bien entendu, rien ne se passera vraiment comme prévu. En fait de nuit, les deux femmes se contenteront pour l'essentiel d'une visite en soirée au restaurant du musée, laissant assez dépités le personnel et l'équipe du lieu qui se félicitaient de cette aventure nocturne avec l'écrivaine...

Bref, dira le lecteur que peuvent agacer les dérapages de diva de l'autrice d'Une semaine de vacances, Angot a encore fait son intéressante... C'est un peu court car, justement, tout ce qui en découle, ce livre étonnant, est intéressant. La Nuit sur commande, c'est Christine Angot au pays de l'art. Des terres qui la fascinent, l'inquiètent, l'intranquillisent à la fois.
Des terres découvertes dans le sillage de l'amitié de Sophie Calle puis, plus tard (et ce n'est pas la même bande), avec celle de Catherine Millet. Des terres qui sont aussi une façon pour l'autrice d'être encore avec sa fille, dédicataire du livre et surtout elle-même artiste. Bien insensible, d'ailleurs, celui qui ne saurait pas voir en ces pages un vrai chant d'amour de l'une à l'autre.
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Pour le reste, qui n'est vraiment pas rien, ces « soirs de Paris » où l'argent, la quête de pouvoir sont partout et, finalement, le désir nulle part, Angot avec une justesse terrible a des accents qui ne sont pas si éloignés de ceux d'un Truman Capote dans Prières exaucées. Le suicide littéraire et social en moins. Elle voit tout (scènes de genre magnifique avec une basse-cour aux aguets lorsque passe le « roi soleil », François Pinault, gifle judicieusement adressée à l'ineffable Yann Moix, choses vues à Paris début XXIe), elle devine le reste et donc, au fond, elle préfère en rire. On ne lui donnera pas tort.
Olivier Mony