Quand Frédéric Beigbeder ne fait pas le malin, il est... bouleversant. Le récit qu'il consacre à ce père si absent et admiré qu'il a enterré en septembre 2023 est un bijou d'authenticité. L'écrivain a laissé au vestiaire le sens inné de la provocation qui fait sa renommée depuis trente ans pour livrer son « making of » de fils d'un boomer, Jean-Michel Beigbeder, qui pensait que pour être un homme il fallait se rêver en James Bond entouré de filles en bikini.
Beigbeder fils va et vient entre, d'un côté, la dissection des fées et méfaits de cette « masculinité "jamesbondienne" » que son père lui a laissée en héritage - pas exactement un cadeau, surtout depuis MeToo... - et, de l'autre côté, l'hommage fier que sa plume, comme enivrée par les exploits paternels, rend à ce chasseur de têtes hautement successful qui « choisissait les puissants de France, à la fin du XXe siècle », et dont, avec une fascination presque enfantine, il veut croire qu'il était « une sorte de Jean-Michel Bond de la colonisation anglo-saxonne, à la fois agent de renseignement, recruteur de cerveaux et boîte aux lettres ».
Il a du reste choisi de faire figurer, sur le bandeau du livre, une photo de l'un des passeports américains sur lesquels son père usurpait l'identité de son cousin travaillant pour le département d'État. « Je ne fantasme pas. Mon père n'était pas agent secret avec le "permis de tuer", mais il a pu rendre des services à son cousin », insiste son écrivain de fils, passionné par le passé de ce géniteur qui, longtemps, ne lui opposa qu'indifférence.