ENTRETIEN – L’artiste, juré dans « The Voice Kids », revient sur son enfance marseillaise, son rapport à la foi, à la mélancolie et à la musique qui l’a sauvé.Derrière le sourire solaire de Soprano, il y a Saïd : l'enfant de Marseille, le fils des Comores, l'homme aux blessures discrètes et le rappeur qui remplit le stade Vélodrome. En pleine interview, il s'interrompt pour rappeler à sa mère son rendez-vous chez le dentiste. Un geste tendre, presque banal, mais révélateur. Tout est là : une parole douce, une âme claire, des chansons pleines de nuances, de douleurs dépassées, de lumière choisie. Engagé sans jamais crier, pur sans posture, il touche sans forcer.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Aujourd'hui, c'est Soprano ou Saïd qui nous parle ?
SOPRANO - C'est Saïd. Même si, au fond, les deux ne font qu'un. Ce que vous entendez dans mes chansons, c'est moi, mais c'est aussi celui que je suis à la maison, au quotidien. Il n'y a pas de double vie entre l'artiste et l'homme.
Et ce surnom, « Soprano », il ne sort pas de nulle part...
(Rires) Pas du tout ! Quand j'étais enfant, je suivais l'école républicaine la semaine, et le week-end, j'allais à l'école musulmane, une madrassa tenue par mon oncle. C'est là que j'ai commencé à chanter, un peu comme dans le gospel, mais version musulmane. J'avais une voix aiguë, très perchée, et un jour, quelqu'un a lâché : « Toi, t'es un soprano. » C'est resté. Mais ce que je retiens surtout, c'est que mon oncle m'a transmis une foi tournée vers l'amour et la tolérance. C'est de là que vient mon envie, depuis toujours, de rassembler.
Vous parlez souvent de « nuance ». C'est un mot important pour vous ?
Très. Mon oncle me répétait sans cesse : « Rien n'est tout blanc ou tout noir. Tu ne connais pas l'histoire des gens, alors ne juge pas trop vite. » Et il avait raison. Ma femme, par exemple, est d'origine espagnole et italienne. Elle a été élevée dans une autre culture. Mais on s'est construits ensemble, dans cette nuance, dans cette ouverture. Croire ne veut pas dire croire tous pareil. Il y a mille façons de vivre sa foi, ou de ne pas la vivre.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel Photo Cyrille George Jerusalmi