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« Il n'y a pas d'ombre dans le désert », le film qui dépasse le passé

Aurélien Cabrol

Publié le 25 février 2024 à 04:14

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Valeria Bruni Tedeschi et Yona Rozenkier.

Valeria Bruni Tedeschi et Yona Rozenkier.

© LES FILMS DU LOSANGE CINÉMA"

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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Coécrit avec Valeria Bruni Tedeschi, le deuxième film de l’Israélien Yossi Aviram joue avec la mémoire, les souvenirs, les drames et les amours.

Le tandem constitué à l'occasion de ce film est suffisamment rare pour qu'on le souligne : Valeria Bruni Tedeschi et Yossi Aviram ont écrit ensemble le scénario d'Il n'y a pas d'ombre dans le désert et l'actrice tient le rôle principal, celui d'Anna, une romancière française qui arrive à Tel-Aviv pour le procès d'un criminel de guerre nazi. Le père d'Anna, victime de celui-ci, doit venir témoigner. Ori (Yona Rozenkier), un quadragénaire dont la mère est elle aussi témoin au procès, vient parler à la jeune femme après la première audience. Il dit la connaître, mais elle affirme le contraire. Ainsi commence une rencontre fondée sur les souvenirs, la fiction et le mélange de ces deux composantes a priori antagonistes... Ainsi commence le film de Yossi Aviram, cinéaste israélien qui signe ici sa deuxième fiction, après La Dune en 2014, tout en poursuivant une carrière de documentariste réputé.

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À l'origine d'un film où se mêlent au moins trois générations se trouvent les souvenirs familiaux du réalisateur : « Mes parents sont nés en Israël. Ce ne sont pas des rescapés mais c'est notre histoire : mes grands-parents ont perdu toute leur famille, et ça a été très présent dans ma vie. » D'où cette phrase dans le film : « On était écrasés par une souffrance qui n'était pas la nôtre. » Joué par l'acteur français Jackie Berroyer, le père d'Anna incarne de fait ce mutisme face à la Shoah, jusqu'à finalement refuser de venir témoigner à la barre. C'est toute la force du film que de faire intervenir une pure fiction dans ce contexte absolument dramatique. Comme si, pour échapper à la barbarie, le conte et le roman étaient appelés à la rescousse. Et le cinéma avec, bien évidemment. Face à Anna la romancière, Ori laisse vagabonder sa propre imagination, allant jusqu'à leur inventer un passé amoureux commun. Sans pour autant, et c'est d'autant plus remarquable, anéantir le véritable passé puisqu'on croise la figure du rescapé Primo Levi, l'auteur de Si c'est un homme, qui finit par se donner la mort. Et pour mieux insister sur cette dimension imaginaire, le film se dote à plusieurs reprises de parties animées aussi séduisantes que pertinentes : l'art, comme la fiction, est une réponse possible, voire nécessaire, aux impasses du passé, semblent nous dire Valeria Bruni Tedeschi et Yossi Aviram.

Aurélien Cabrol

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