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Rentrée littéraire : les mille nuances de réel de Philippe Jaenada et Grégoire Bouillier

Photo de Alexis Brocas

Alexis Brocas

Publié le 15 septembre 2024 à 03:10

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Grégoire Bouillier et Philippe Jaenada (de g. à dr.) au jardin des Tuileries, à Paris début septembre

Grégoire Bouillier et Philippe Jaenada (de g. à dr.) au jardin des Tuileries, à Paris début septembre

LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Amis et pairs littéraires, Philippe Jaenada et Grégoire Bouillier offrent chacun en cette rentrée un ouvrage poignant de réel. Rencontre.

Regarder la réalité comme un sculpteur regarde un bloc de marbre. En dégager une mythologie oubliée, floutée par le temps, et mener des recherches obsessionnelles pour lui restituer ses contours, comme le fait Philippe Jaenada dans La ­désinvolture est une bien belle chose. Ou bien zoomer à l'intérieur de tableaux, en quête des secrets ensevelis là par le peintre, consciemment ou non, comme s'y emploie Grégoire Bouillier dans Le Syndrome de l'Orangerie. En tirer des livres imposants - l'hommage de l'art à la réalité profuse - qui inquiètent les éditeurs par leur taille, et miser sur l'humour, la passion, les digressions jouissives pour que le lecteur suive - et ça marche !

Amis dans la vie, Philippe Jaenada et Grégoire Bouillier comptent parmi les tout meilleurs narrateurs de réel - cette catégorie d'auteurs qui préfèrent explorer le monde tel qu'il est ou qu'il fut plutôt que le réinventer. Est-il insolent de préciser qu'ils ont le physique (impressionnant) de l'emploi  ? Ils sont aussi cousins par l'esthétique, et comme on l'apprend à la page 355 du Jaenada, se refilent des tuyaux. L'un, Jaenada, se lance dans de longues quêtes itinérantes et flottantes qui l'ont déjà mené à lever d'authentiques erreurs ­judiciaires (Au printemps des monstres, sur l'affaire Lucien Léger). L'autre, Grégoire Bouillier, est un virtuose des coïncidences et des échos, capable de bâtir un univers sur une histoire d'amour non advenue (Le Dossier M). En cette rentrée, ils publient chacun un livre qui part d'une figure de beauté.

Exercice de la liberté

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Chez Jaenada, tout commence par un nom croisé trop souvent pour ne pas intriguer  : celui d'une spectaculaire suicidée de l'an 1953, Jacqueline Harispe, alors 20 ans. Surnommée Kaki (ou « Kaky »), elle avait été mannequin et fréquentait le café Moineau, à Saint-Germain-des-Prés, où se retrouvaient enfants perdus de collabos et de résistants morts, et où traînaient le jeune Guy Debord et un petit garçon nommé Patrick Modiano. Pour Bouillier, le point de départ est un choc stendhalien éprouvé à l'Orangerie devant les « ­Nymphéas », de Monet, cette série de panneaux où le maître de l'impressionnisme a fixé les fleurs d'eau de son jardin - un choc tel que ­Bouillier se métamorphose illico en Bmore, son double investigateur, qui flaire la présence d'un cadavre sous le « grand hêtre rouge » peint par Monet.

Alexis Brocas

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