REPORTAGE — L’attentat de Magdebourg survenu en décembre en Allemagne a bouleversé la campagne des législatives du 23 février, faisant de l’immigration son thème principal.
À l'entrée Sud de la placedu vieux marché de Magdebourg, les arbres dénudés apportent malgré eux une touche de couleur. À leur pied, les passants ont laissé des bougies, des peluches. Sur les troncs, ils ont fixé des photos et des fleurs. L'alignement de ces petits autels improvisés s'interrompt à hauteur d'un arrêt de tramway.
C'est par là que, le 20 décembre, la voiture de Taleb Al-Abdulmohsen, psychiatre saoudien islamophobe, pénétrait sur le marché de Noël et percutait la foule. Bilan : six morts, 300 blessés. « Notre pays a besoin de sécurité, et les vieux partis ont échoué ! » proclame une affiche électorale du parti d'extrême gauche nationaliste social BSW fixée sur un lampadaire.
Le carillon enjoué de l'hôtel de ville tintinnabule au bout du passage. Brigitte frissonne : « Depuis l'attaque, je n'ai plus le cœur d'y aller. » Cette retraitée jette un regard désolé vers la place absolument vide, puis reprend sa route cabas à la main. « La ville est sortie de l'état de choc. Mais il y a comme une ombre qui enveloppe tout », résume Vera Wolfkämpf, correspondante locale à la radio MDR.
Surenchères
Jeudi, au Parlement régional du Land, la commission d'enquête a commencé son travail. Plus d'une centaine de témoins seront convoqués d'ici à la fin de l'année. Avec ces auditions, Magdebourg replonge dans les souvenirs douloureux.
« La cellule d'aide psychologique a été contactée par 1 200 personnes, précise la journaliste. Des traumatisés qu'il faut ajouter aux 300 blessés. » Le malaise monte jour après jour : « Aucune autorité n'a reconnu sa part de responsabilité, reprend-elle. Cela accentue le sentiment qu'il y a une perte de contrôle dans ce pays. »
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.