Face à l'impressionnante vallée verdoyante de Kunar, quelques maisons de pierres du village de Ghonday tiennent encore vaillamment debout. Elles feraient presque oublier le séisme de magnitude 6 qui a frappé l'est de l'Afghanistan il y a une semaine. À l'intérieur des habitations, toutefois, les monticules de gravats et morceaux de verre, les multiples fissures sur les murs témoignent de la violence de la catastrophe et de la fragilité des lieux. D'ailleurs, leurs propriétaires les ont immédiatement abandonnées pour s'installer dans des tentes, montées sur un terrain en pente.
Tous sont terrorisés à l'idée d'être à nouveau coincés sous les décombres. « Les répliques n'ont pas cessé de la semaine, il y en a presque toutes les heures, souffle Sherzad, quelques minutes après une nouvelle secousse. J'ai vraiment peur que tout s'effondre. » Son visage se fige à l'approche des escaliers en bois rudimentaires qui conduisent aux demeures de ses six frères et menacent de s'écrouler.
« C'est dangereux, j'ai peur de venir ici. Il va y avoir un autre choc, et tout va nous tomber dessus », prédit-il, les yeux rivés sur les lézardes qui balafrent les marches. Pressé de s'extirper de l'endroit, il désigne, dépité, un maigre troupeau de chèvres, rassemblées dans une minuscule étable par mesure de sécurité : « Voilà les quelques bêtes qu'il nous reste, nous avons perdu les autres la semaine dernière, explique-t-il. Nous sommes très dépendants de ces animaux, car nous les vendons, nous les mangeons, et nous utilisons leur pelage pour confectionner des vêtements. C'est notre seul commerce. »