C'est une foule comme Budapest en a rarement vu. Sous la canicule, autour du parc de la mairie, les rues débordent. Les participants venus en masse à la Pride 2025 s'apprêtent à partir vers l'Université polytechnique. Ils n'ont jamais été aussi nombreux. Des dizaines de milliers de participants, dont beaucoup n'ont jamais fréquenté de marche des fiertés, soutiennent les LGBT hongrois stigmatisés par le pouvoir. Des ministres venus de l'étranger, des dizaines d'eurodéputés et des élus nationaux, dont des Français, et des militants comme Greta Thunberg ont également fait le déplacement en Hongrie.
« Orbán ne peut pas nous empêcher d'exister et nous ne nous laisserons pas intimider », tonne Anastasia, venue de province avec un couple d'amies. Révoltée par l'homophobie du pouvoir, elle songe à quitter la Hongrie d'ici quelques années si la situation ne s'améliore pas.
« Je suis venue exprimer ma solidarité. Les LGBT font partie de la société. Ils ne doivent pas être stigmatisés mais épaulés », enchaîne sous un parasol arc-en-ciel Marika, enseignante vivant sa toute première Pride. En tête du cortège, une imposante pancarte clame que « l'amour et la liberté ne peuvent être bannis », comme l'a répété le maire de Budapest, Gergely Karácsony, ces derniers jours. Derrière les camions d'associations de défense des droits LGBT et de partis solidaires du mouvement, une partie des manifestants défile sous un énorme drapeau arc-en-ciel.
Avec cette marche des fiertés historique, le pari est réussi pour Gergely Karácsony. L'édile écologiste a pris la Pride sous son aile et s'est accroché à son maintien, malgré les menaces du pouvoir et l'interdiction par la police. Cette trentième marche a donc pris des accents très politiques, à dix mois des législatives hongroises. L'objectif était non seulement de répondre aux offensives homophobes du pouvoir, interdisant aux couples de même sexe mariage et adoption, mais aussi de symboliser la résistance démocratique et le ras-le-bol général face au régime Orbán. Elle a enfin reflété l'isolement européen du pouvoir, privé de fonds de l'UE pour non-respect de l'État de droit. Jeudi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait soutenu la Pride.
Joël Le Pavous, correspondant à Budapest