L’université Columbia cède au diktat de l’Administration Trump
Maurin Picard, à New-York

Des étudiants se tiennent sur le campus de l'Université Columbia à New York, aux États-Unis, le 8 avril 2025.
LTD/Ryan Murphy/REUTERS
Maurin Picard, à New-York

Des étudiants se tiennent sur le campus de l'Université Columbia à New York, aux États-Unis, le 8 avril 2025.
LTD/Ryan Murphy/REUTERS
Préserver son âme, ou survivre. En cédant aux injonctions de l'Administration Trump, l'université Columbia a fait le choix de la pérennité, au détriment de ses valeurs. Mardi 22 juillet, la prestigieuse institution new-yorkaise, dont le campus se situe à Harlem, a annoncé des sanctions individuelles contre 80 de ses étudiants. Ils avaient participé à des manifestations dénonçant les frappes israéliennes sur la bande de Gaza, en Israël. Informés de leur sort la veille, au cas par cas, ils se voient suspendus pour des périodes allant d'un à trois ans, privés de diplôme ou proprement exclus.
En appliquant cette discipline de fer, la présidente par interim de Columbia, Claire Shipman, espérait ainsi regagner les faveurs du gouvernement fédéral, qui lui avait coupé les vivres en mars dernier : 1 milliard de dollars de subventions gelés, en représailles des troubles survenus dans ses locaux en 2024. La police de New York avait démantelé un campement de manifestants pro-palestiniens et délogé les groupes barricadés qui exigeaient des universités qu'elles coupent les ponts avec des entreprises liées à Israël.
Dans le même temps, de nombreux incidents étaient survenus, considérés comme antisémites. Des étudiants de confession juive avaient témoigné du harcèlement subi de la part de leurs congénères, se disant épiés et agressés, victimes de crachats ou de bousculades.
Dans un communiqué, Claire Shipman a sobrement relevé que le compromis « mettait un terme à une période d'incertitude institutionnelle considérable », tout en interdisant au gouvernement de « dicter ce que nous enseignons, qui peut enseigner, voire quels étudiants nous accueillons en notre sein. »
Le maintien de ces prérogatives en termes de recrutement et d'admissions constitue, au mieux, une victoire à la Pyrrhus. L'université s'engage à recruter plus d'administrateurs dédiés au traitement des questions de discrimination, et à se rapprocher des organisations luttant contre l'antisémitisme. Surtout, elle paiera 200 millions de dollars de dommages et intérêts pour traiter des plaintes en justice contre elle, 21 millions à son propre personnel également victime d'agressions, et confiera les questions disciplinaires à un comité de sages entièrement indépendant de la faculté.
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« C'est un précédant terrifiant, confie Ted Mitchell, président du Conseil américain de l'éducation (ACE), une association regroupant 1600 universités et collèges universitaires. Columbia se trouvait dans une situation intenable du fait des actions scandaleuses de la branche exécutive du gouvernement. L'Administration Trump a tiré ses conclusions avant la moindre enquête et a infligé une sanction à Columbia en dehors de toute procédure équitable et impartiale. »
Le camp MAGA (Make America Great Again) triomphe : « C'est une victoire incroyable, clame la secrétaire à l'Éducation Linda McMahon. J'espère que cela va servir de modèle pour les autres universités dans le pays », à leur tour incitées à revoir leurs procédures internes et montrer patte blanche aux yeux de Washington.
Hérissés par l'occupation prolongée en mai de la bibliothèque Butler par les membres du collectif étudiant « Columbia for Palestine », que le secrétaire d'État Marco Rubio qualifiait de « voyous pro-Hamas », les supporters de Donald Trump avaient fait de l'université Columbia une de leurs cibles privilégiées, exigeant de la nouvelle administration qu'elle torde le bras à ce fief supposé du « wokisme » outre-Atlantique, à l'instar de l'université Harvard à Boston. Comme pour cette dernière, un chantage financier devait faire courber l'échine aux institutions d'élite réfractaires de la « Ivy League ».
Mais Harvard a refusé de plier, poursuivant le gouvernement Trump en justice. Columbia, elle, craignait pour ses programmes de recherche, directement menacés par la pénurie de ressources. « Nous soutenons la liberté d'expression, avait rappelé l'université en mai. Mais les manifestations et les autres types de protestation qui se déroulent dans l'enceinte des bâtiments académiques et des lieux où se tiennent des activités académiques constituent une entrave directe au maintien de notre mission d'enseignement. »
Des arguments qui n'obligeaient cependant en rien à céder devant les autres exigences de l'Administration Trump : Columbia a ainsi convenu de réviser sa définition de l'antisémitisme, suivant l'acception prônée par l'IHRA (Alliance internationale pour le souvenir de l'Holocauste) comme le lui suggérait Stephen Miller, le conseiller présidentiel à la Maison Blanche.
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En l'assimilant à toute opposition au sionisme, mélangeant considérations religieuses et politiques au nom de la protection indiscriminée « de l'identité juive et israélienne », elle est crétiquée par de nombreuses institutions telles que Human Rights Watch, ACLU (Union américaine pour les libertés civiques) ou Amnesty International. L'IHRA définit en effet l'antisémitisme comme « la haine des juifs », en l'étendant à toute forme de discours « ciblant l'État d'Israël ».
Maurin Picard, à New-York