Il y a plein de bonnes raisons de se méfier de Lindsey Graham. N'allez pas parler de droit à l'avortement ou de mariage pour tous à ce sénateur républicain de Caroline du Sud tant il est des plus rigides sur ces thématiques. Ancien juriste au sein de l'armée, dont il est colonel de réserve, il a soutenu jusqu'au bout la présence militaire en Afghanistan et fut l'un des ardents défenseurs de l'invasion de l'Irak.
Mais comme son ancien compagnon de route et héros du Vietnam, John McCain, il a une idée de l'Amérique qui s'oppose frontalement à celle de Donald Trump et de ses partisans isolationnistes Maga. L'autre jour, il était à la manœuvre lorsque la commission du budget, qu'il préside, auditionnait Pete Hegseth, l'ancienne demi-star de Fox News promu secrétaire à la Défense, avec à ses côtés le chef d'état-major des armées, le général Dan Caine.
Question posée au militaire : « Pensez-vous que Vladimir Poutine va s'arrêter dans sa conquête s'il gagne en Ukraine ? » Réponse de l'officier : « Je ne pense pas qu'il s'arrêtera là. » « Et vous M. le ministre ? » « Ça reste à voir. » La réponse de Hegseth estomaque le sénateur. « Nous revivons les années 1930, Poutine dit partout qu'il ne s'arrêtera pas et vous, vous pensez que ça reste à voir ? »
Lindsey Graham a poursuivi ces questions en demandant par exemple au ministre s'il pensait que l'Iran, une fois doté de l'arme nucléaire, pourrait s'en servir contre Israël. Réponse évasive du jeune hiérarque qui évoque cette éventualité uniquement « si la bombe tombe entre de mauvaises mains ». Puis sur la Chine. Ne cherche-t-elle à prendre le contrôle de Taïwan, y compris par la force ?