REPORTAGE — Malgré la répression, le parti d’opposition a organisé hier un rassemblement pour protester contre l’arrestation du maire d’Istanbul, principal adversaire du président turc.« La délivrance ne se fait pas toute seule, c'est soit personne, soit chacun d'entre nous ! » Munies de drapeaux turcs et d'étendards à l'effigie du fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Kemal, plusieurs milliers de personnes ont scandé leur cohésion, hier, face à l'autoritarisme du président Erdogan. La foule était rassemblée dans le quartier de Maltepe, sur la rive asiatique d'Istanbul, à l'appel du CHP, le parti d'opposition du maire de la mégapole, Ekrem Imamoglu, placé en garde à vue le 19 mars.
« Je n'ai pas peur, vous êtes derrière moi et à mes côtés, a lancé Özgür Özel, le leader du CHP (Parti républicain du peuple), sous les applaudissements des manifestants, en lisant une lettre rédigée par Ekrem Imamoglu. Je n'ai pas peur parce que la nation est unie. La nation est unie contre l'oppresseur. »
« On continuera la lutte jusqu'à ce que [le président Erdogan] démissionne, insiste, déterminé, Mesut, retraité de 53 ans présent au rassemblement. Vous voyez le monde autour de vous ? On est clairement en majorité. C'est fini pour lui. » Il règne pourtant une atmosphère lourde, et nombreux sont les participants au meeting qui refusent de s'exprimer par crainte de représailles.
Près de dix jours après l'arrestation d'Ekrem Imamoglu et le déclenchement d'un mouvement de contestation inédit au président Erdogan depuis la révolte de Gezi en 2013, le CHP cherche à inscrire les mobilisations dans la durée. Jusqu'ici, Özgür Özel a dirigé une série de meetings devant le siège de la municipalité d'Istanbul.
Le gouvernement ne nous fait pas peur, c'est plutôt lui qui a peur de nous.