LA TRIBUNE DIMANCHE — Dix ans après le Brexit, la place financière de Paris a-t-elle gagné du terrain face à la City de Londres ?
AUGUSTIN DE ROMANET — Depuis le référendum britannique, la place de Paris a changé de dimension. Elle est aujourd'hui un véritable atout pour la France — en matière d'emplois, de compétitivité, mais aussi d'excédent commercial. Peu de gens le savent, mais la finance est désormais le deuxième contributeur à l'excédent de notre balance commerciale. En 2018, cet excédent atteignait 4,7 milliards d'euros. Il s'élève désormais à plus de 16 milliards.
Il a donc triplé, grâce notamment au repositionnement stratégique de Paris depuis dix ans. Les services financiers en France représentent aujourd'hui un tiers de l'excédent global des services, contre environ 10 à 15 % en 2018. Ce n'est pas seulement un secteur tertiaire abstrait : c'est un pilier économique qui irrigue le tissu productif français. La place de Paris devrait être perçue comme l'est la City de Londres, comme un trésor national à défendre et à préserver, car c'est l'une des conditions nécessaires à la réindustrialisation du pays.
Quel lien établissez-vous entre finance et réindustrialisation ?
La finance joue un rôle clé. Une industrie forte a besoin d'un capital abondant, compétent, patient et bien orienté. Pour se financer, pour innover, pour se moderniser, pour croître. Or la part de l'industrie manufacturière dans le PIB est passée de 30 % en 1960 à moins de 10 % aujourd'hui. Relancer la production nécessite un soutien financier massif. Une place financière forte permet aux entreprises industrielles de lever rapidement des capitaux — dette, obligations, fonds propres.
Propos recueillis par Philippe Mabille