L'édito éco de Lucie Robequain. Impôt, grande et mauvaise fortune
Par Lucie Robequain, directrice des rédactions de La Tribune

Découvrez l'édito de Lucie Robequain pour la semaine du 8 septembre.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Par Lucie Robequain, directrice des rédactions de La Tribune

Découvrez l'édito de Lucie Robequain pour la semaine du 8 septembre.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
C'est la semaine où tout a basculé. Celle où les justiciers de la fiscalité ont retourné le match. Depuis quelques jours, les rapports et prises de parole se multiplient pour justifier une taxation accrue des grandes fortunes. Bien au-delà de l'extrême gauche, qui a toujours haï les riches. Le débat se veut moins idéologique et plus objectif. On entend des ministres évoquer des abus.
La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, ne parle plus d'optimisation fiscale - une pratique parfaitement légale - mais de suroptimisation. Une formule qui a tous les atours de la faute, et justifie des mesures correctives. Elle propose de taxer davantage les hauts patrimoines au moment de leur transmission, ou de s'attaquer aux holdings, ces structures où les grandes fortunes placent une partie de leurs revenus en franchise d'impôt.
Certains patrons se joignent au mouvement. « La France bascule vers l'"héritocratie" », dénonçait il y a quelques jours le directeur général de la Maif, Pascal Demurger. Et de rappeler qu'il y a cinquante ans, l'épargne des Français provenait à deux tiers de leur travail et à un tiers de leur héritage. Depuis, le rapport s'est inversé. Le sujet est d'autant plus brûlant que la France s'apprête à vivre le plus grand transfert de richesse de son histoire : plus de 9 000 milliards d'euros de patrimoine vont passer des baby-boomeurs à leurs descendants dans les quinze ans qui viennent.
Cette « grande transmission », si elle s'accompagne d'une taxation accrue des très grands héritages, est l'occasion de redistribuer un peu mieux les richesses, plaide la Fondation Jean-Jaurès dans un rapport publié jeudi. Alors, bien sûr, le risque existe que les grandes fortunes s'envolent vers des cieux plus cléments. Mais l'argument vient, là aussi, d'être battu en brèche : rattaché à Matignon, le Conseil d'analyse économique estime que l'exil fiscal ne présente pas un grand danger pour la France.
« Les dirigeants d'entreprise et les autres personnes concernées se révèlent moins mobiles que les autres », explique Laurent Bach, l'un des auteurs de la note. Quand une nouvelle taxe paraît, ils ont plutôt tendance à trouver des échappatoires qu'à fuir le pays.
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Nul ne sait quelles seront les convictions du Premier ministre qui gouvernera la France après le vote de confiance ce lundi. S'il est de gauche, il portera comme un étendard la « taxe Zucman » visant à imposer à 2 % les patrimoines de plus de 100 millions d'euros. S'il est de droite, le symbole sera certainement moins fort. Mais même dans ce camp, les lignes bougent. Prétendant à Matignon, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, évoque la nécessité de « mieux répartir les richesses ». Les Français ont beau pencher à droite selon les sondages, leur rapport à la fortune reste foncièrement de gauche.
Par Lucie Robequain, directrice des rédactions de La Tribune