La chronique de François Clemenceau. Le cadeau des cinquante jours à Poutine
Par François Clemenceau

Découvrez la chronique de François Clemenceau.
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Par François Clemenceau

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C'était juste après Pâques. Pour la première fois depuis près de vingt ans, la fête chrétienne fut célébrée le même jour par les catholiques et les orthodoxes. Beaucoup espéraient une trêve, mais celle que décréta Vladimir Poutine fut unilatérale, comme une pause du bourreau avec son supplicié - une « opération de marketing », commentait-on à Kiev et à Paris. La « trêve » ne fut pas respectée, notamment sur le front du Donbass. À Washington, Donald Trump s'était énervé. « Peut-être qu'il me balade », avait-il lâché en parlant du maître du Kremlin.
Un mois plus tard, le président américain s'indignait : « Poutine est devenu complètement fou », lançait-il, l'air hébété et fâché. Puis, au début du mois de juillet, les deux dirigeants se sont parlé au téléphone. Longuement. Il s'agissait de leur sixième entretien depuis l'investiture de Donald Trump. « Il dit beaucoup de conneries », commentait alors le président américain devant la presse. Il lui en a fallu du temps avant de s'apercevoir à qui il avait vraiment affaire.
Cette semaine, le caïd de la Maison-Blanche a pourtant promis que, à défaut d'un cessez-le-feu dans les cinquante jours, il mettrait en place des sanctions contre la Russie et surtout contre les pays tiers qui lui achètent son pétrole, autrement dit principalement la Chine, l'Inde et la Turquie. Encore cinquante jours ? N'est-ce pas précisément ce qu'attendait Poutine pour intensifier sa campagne d'été de bombardements sur les grandes villes ukrainiennes, après un mois de juin dévastateur, le plus meurtrier pour les civils depuis le début de la guerre ?
« L'appétit vient en mangeant » : voilà comment une source proche de Vladimir Poutine a commenté auprès de l'agence Reuters les événements des derniers jours. Qu'importent les rodomontades du président américain, les menaces de représailles, l'annonce de la fourniture de batteries de défense antiaérienne à l'Ukraine et un 18 e paquet de sanctions européennes adopté ce vendredi 18 juillet, personne n'obligera Vladimir Poutine à arrêter la guerre. À moins que ce soit pour négocier avec la partie américaine à ses seules conditions, confirment les trois sources consultées par nos confrères au Kremlin. Serait-ce du bluff ? Peut-être, mais le répit de cinquante jours offert par Donald Trump ne pouvait être considéré à Moscou comme autre chose qu'un feu vert.
D'autant que personne au Kremlin ne croit à la perspective de sanctions américaines contre la Chine et l'Inde, qui achètent 90 % du pétrole russe. D'ailleurs, Donald Trump n'a-t‑il pas évoqué le chiffre de 100 % de droits de douane sur ces pays tiers qui permettent à la Russie de financer son effort de guerre, alors que le projet de loi bipartisan du Sénat institue, lui, des taxes de 500 % sur les exportations de ces mêmes nations ? Autrement dit, Trump est faible, il n'ose pas provoquer la Chine et a besoin de l'Inde ainsi que de la Turquie, membre de l'Otan.
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Le président américain, vu du côté russe, est aussi écartelé entre une partie du Congrès définitivement solidaire de l'Ukraine et des Européens et une base Maga hostile à toute implication militaire en dehors de ses stricts intérêts. Or, en cas d'imposition des sanctions américaines contre le pétrole russe, 7 millions de barils par jour en moins sur le marché ne pourraient être à court et moyen termes remplacés par des flux d'autres grands producteurs. Cela ferait automatiquement monter le prix de l'essence à la pompe ailleurs dans le monde, y compris aux États-Unis. Est-ce vraiment ce que veut Trump, doit-on se demander au Kremlin, où l'on explique dès à présent vouloir « minimiser » un éventuel impact des sanctions occidentales ?
Dans l'entourage de Poutine, les « raisonnables », comme la présidente de la Banque centrale, qui ont mis en garde le chef de l'État contre les risques d'un dérapage des finances publiques dû à l'économie de guerre se seraient fait « tordre le nez », selon des sources fiables. Les hiérarques partisans de ce que certains observateurs qualifient de « dérive nationaliste-fasciste » serrent les rangs autour du maître dans le but de parvenir à l'annihilation de l'Ukraine, si ce n'est géographiquement, du moins politiquement.
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Les objectifs de recrutement pour le front sont atteints, les vagues d'assaut d'infanterie dans le Donbass permettent de gagner chaque jour quelques kilomètres carrés au prix de pertes considérables. Comment Donald Trump ne pourrait-il pas le savoir ? Et le sachant, comment a-t‑il pu offrir ces cinquante jours de délai à Poutine ? Le cadeau d'une reculade.
Par François Clemenceau