LA TRIBUNE DIMANCHE — Le sommet sur l'intelligence artificielle s'ouvre demain à Paris. La France compte-t-elle dans le nouvel échiquier mondial alors que les Etats-Unis annoncent un investissement de 500 milliards de dollars ?
PATRICK MARTIN — Nous avons encore les moyens de peser dans la bataille. Car c'est bien une bataille déterminante pour la compétitivité, la souveraineté et le pouvoir d'achat. Les Chinois prouvent avec Deepseek que ce n'est pas forcément qu'une question de budget. C'est aussi un sujet d'intelligence. Preuve en est le nombre de cerveaux français qui partent aux Etats-Unis. Charge à nous de réunir les conditions pour qu'ils restent en France. Pas seulement en termes de rémunérations mais en leur offrant un écosystème qui leur laisse de la liberté. Décloisonnons les initiatives publiques et privées. Il faut que l'Europe ne se bride pas en matière de protection des données. Les Etats-Unis et la Chine sont plus ouverts. Je me réjouis que la Commission européenne lance une boussole stratégique. C'est le signe d'une prise de conscience inspirée par le rapport Draghi. Il faut désormais, comme disent les québécois, « que les bottines suivent les babines », que les actes suivent les paroles.
Comment aider les entreprises françaises à s'approprier l'IA ?
Notre tour de France de l'IA, organisé avec le concours de Numeum, a été une grande réussite. Notre objectif de sensibiliser et de démystifier le sujet dans les entreprises est atteint. Même si certaines sont encore trop souvent craintives. Sortons du débat entre initiés et intensifions les formations ! Il faut former 300.000 personnes chaque année. Je m'alarme d'ailleurs de l'affaissement du niveau des jeunes Français dans les disciplines scientifiques, et de la sous-représentation des jeunes femmes dans ces secteurs. C'est un vrai handicap pour la France. On ne compte plus que 20% de femmes dans les écoles d'ingénieurs contre 49% au Maroc.