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Valérie Létard, ministre du Logement : « Adaptons la politique du logement aux évolutions de la société »

Propos recueillis par César Armand

Publié le 10 mars 2025 à 07:00 - Mis à jour le 10 mars 2025 à 07:44

« La Tribune Dimanche » a rencontré Valérie Létard à Paris, le 5 mars dernier.

« La Tribune Dimanche » a rencontré Valérie Létard à Paris, le 5 mars dernier.

LTD/Magali Delporte

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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ENTRETIEN — La ministre chargée du Logement décrypte son budget 2025 et ses conséquences sur une industrie immobilière encore en crise. Elle veut également soutenir de nouvelles façons d’habiter.

LA TRIBUNE DIMANCHE — Selon les professionnels, les pouvoirs publics ont tardé à prendre conscience de la réalité de la crise du logement. Est-ce le cas désormais sous votre administration ?

VALÉRIE LÉTARD — La crise du logement est une réalité qui s'est installée depuis plusieurs années, et c'est précisément pour y répondre que j'ai accepté cette responsabilité. Dès ma prise de fonction, j'ai engagé un dialogue avec l'ensemble des parties prenantes car ma méthode repose sur la concertation et l'action. La crise est à la fois structurelle, avec la hausse des prix de l'immobilier et la raréfaction du foncier, et conjoncturelle, en raison de l'augmentation des coûts de l'énergie et de la construction. Elle pèse lourdement sur les ménages, pour qui le logement représente en moyenne un tiers du budget. Face à cela, nous avons d'ores et déjà apporté des réponses concrètes. J'ai signé avec le mouvement HLM une feuille de route fixant des objectifs précis pour le logement social : la production de 100  000 nouveaux logements, la construction de 16  500 logements dans le cadre de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) et le lancement de 125  000 rénovations. Je continuerai à agir avec détermination pour trouver des solutions pour l'ensemble du secteur et de ses acteurs.

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Malgré un espoir de reprise du marché avec la baisse des taux, cette crise semble encore profonde en raison du déséquilibre entre l'offre et la demande. Les mesures que vous avez prises dans un budget contraint sont-elles suffisantes pour stimuler le marché ?

L'équilibre entre l'offre et la demande ne se rétablit pas du jour au lendemain, mais avec ce budget, nous avons posé des bases solides pour relancer la construction, faciliter l'accession à la propriété et soutenir la rénovation. D'abord, nous avons élargi le prêt à taux zéro (PTZ) à l'ensemble du territoire, nous avons mis en place une exonération temporaire très importante des donations jusqu'à 300  000 euros afin de faciliter la transmission patrimoniale et soutenir l'achat de logements neufs ou la réalisation de travaux. Sur le logement social, nous avons sécurisé le secteur avec une baisse de 200 millions d'euros de la réduction de loyer de solidarité (RLS), qui redonnera des marges de manœuvre aux bailleurs pour construire et rénover. Nous avons également maintenu MaPrimeRénov' avec 2,3 milliards d'euros de crédits, pour ne pas freiner le rythme des rénovations, ce qui permet de maintenir une activité forte des artisans. Enfin, je tiens à le souligner : les primo-accédants sont totalement exclus de la hausse des droits de mutation à titre onéreux (DMTO), pour ne pas pénaliser ceux qui veulent accéder à la propriété. Toutes ces mesures, très attendues, n'étaient pas en place quand je suis arrivée au ministère en septembre et sont des réponses immédiates et ciblées, qui permettent de remettre en mouvement la chaîne du logement.

Les collectivités ont besoin de ressources pour financer leurs missions essentielles, mais je préfère accompagner la reprise du volume des transactions plutôt que d'augmenter la fiscalité sur l'achat immobilier.

Le budget 2025 acte ainsi le retour du prêt à taux zéro dans l'immobilier neuf, individuel et collectif. Quel sera son montant ? Combien de bénéficiaires visez-vous ?

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Nous visons au moins 15  000 logements supplémentaires financés grâce à cette extension du PTZ. Concrètement, les quotités - aujourd'hui de 20 à 50 % du coût total de l'opération - seront définies par décret, en concertation avec les banques. Dès le 1er avril, les banques pourront proposer ce dispositif aux primo-accédants partout en France, sans distinction de zone, pour l'achat d'un logement neuf, individuel ou collectif. Le PTZ dans l'ancien, lui, est maintenu dans les zones détendues, avec un critère de rénovation énergétique.

Les droits de mutation à titre onéreux vont augmenter pour les départements qui le souhaitent, sauf pour les primo-accédants. N'y a-t-il pas un risque de gripper le marché de l'ancien ?

Tout d'abord, j'ai tenu à exclure les primo-accédants de cette hausse pour préserver l'accession à la propriété des classes modestes et moyennes afin d'encourager l'achat. Je reste vigilante, l'histoire montre que la fiscalité immobilière peut freiner les transactions, et notre priorité doit être de fluidifier le marché, surtout alors que la baisse des taux redonne du dynamisme au secteur. Les collectivités ont besoin de ressources pour financer leurs missions essentielles, mais je préfère accompagner la reprise du volume des transactions plutôt que d'augmenter la fiscalité sur l'achat immobilier.

La politique du logement doit refléter les aspirations nouvelles de nos concitoyens pour plus de logements partagés, intergénérationnels.

Le budget fait également état d'une exonération pour les donations. En quoi cela va-t-il donner de l'air aux promoteurs ?

Cette mesure, s'appliquant uniquement aux donations effectuées entre la promulgation du PLF 2025 et le 31 décembre 2026, vise à encourager l'acquisition de logements neufs, en particulier pour les jeunes ménages ou les primo-accédants. Elle permet à un donataire de bénéficier d'un abattement de 100  000 euros par donateur, avec un plafonnement de 300  000 par donataire. Cette mesure a un impact direct sur les promoteurs immobiliers, car elle favorise la construction neuve. En offrant une incitation fiscale pour l'achat de logements neufs, nous créons un environnement propice à la demande, ce qui, à terme, soutiendra la dynamique de construction. Cette exonération permet d'agir immédiatement et de soutenir l'acquisition de logements neufs, ce qui est crucial pour la relance du secteur immobilier.

L'aide pour les maires bâtisseurs de 100  millions d'euros est-elle vraiment suffisante pour les inciter à délivrer des permis de construire ? Qui plus est à l'approche des élections municipales ?

Le calendrier électoral ne doit pas freiner l'action publique, la crise du logement impose des réponses immédiates et structurantes, indépendamment des échéances politiques. Le soutien aux maires bâtisseurs est une priorité pour le gouvernement. Nous souhaitons renforcer les incitations à construire des logements et soutenir les élus qui s'y engagent avec volontarisme. Cette enveloppe vise à soutenir directement les communes qui délivrent des permis de construire et qui prennent des initiatives pour répondre à la demande de logements sur leur territoire. Cette aide est une première étape et s'inscrit dans un ensemble de mesures plus large visant à relancer la production de logements.

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Dans ces conditions, tout le secteur souffre et les suppressions de postes se multiplient. Comment inverser la tendance ?

La crise que traverse le secteur du logement est globale : baisse d'activité, défaillances d'entreprises, perte d'emplois... Ma priorité est claire : redonner de la visibilité aux acteurs du bâtiment. Nous avons déjà ajusté le taux du Livret A pour soutenir les bailleurs sociaux et relancer la production. Nous simplifions l'accès à MaPrimeRénov' pour accélérer la rénovation énergétique et donner du travail aux artisans, mais nous devons aller plus loin.  L'apprentissage est une clé, nous devons y remédier en facilitant l'accès à la formation et en sécurisant les parcours des jeunes. De plus, la construction doit être mieux adaptée aux réalités locales. Les maires et les élus connaissent les besoins en logement et en emploi sur leur territoire, nous travaillerons avec eux pour développer des projets ciblés et pertinents.

Bail réel solidaire, habitat participatif, logements intergénérationnels, transformation de bureaux... Les initiatives se multiplient pour s'adapter à la crise du foncier et à la zéro artificialisation nette. Les nouveaux usages ont-ils supplanté les anciens ?

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Nous avons déjà agi en simplifiant les règles, en lançant des appels à projets et en accompagnant les acteurs du secteur. Mais nous devons aller plus loin et adapter la politique du logement aux besoins et aux évolutions de la société ; il nous faut renforcer la réversibilité des bâtiments qui doit devenir un standard, comme le montre l'exemple du permis de construire multi-destination lors des Jeux olympiques. Il nous faut évidemment prendre en compte le vieillissement de la population ; pas seulement en veillant à l'adaptation du bâti mais en changeant les « manières d'habiter » et en s'interrogeant sur l'évolution du rôle des bailleurs. La politique du logement doit refléter les aspirations nouvelles de nos concitoyens pour plus de logements partagés, intergénérationnels. Il nous faut également répondre au mieux aux besoins des personnes en situation de handicap. Tout cela doit être fait en veillant à s'adapter à la crise du foncier et à la nécessité d'être plus respectueux de l'environnement. Je souhaite ainsi soutenir l'innovation dans les méthodes de construction, notamment celle du hors-site en bois. A cet effet, je travaille, en lien avec les parlementaires, pour pouvoir proposer très rapidement des solutions de simplification, notamment pour accélérer la mutation des friches, des zones d'activité ou des zones pavillonnaires pour accueillir davantage de logements. Il faut accompagner, favoriser ces transformations qui reflètent les évolutions de nos besoins et de nos sociétés.

Propos recueillis par César Armand

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