« Les hommes manquent de courage », par Mathieu Palain
Juliette Einhorn
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Mathieu Palain publie « Les hommes manquent de courage » aux éditions de l'Iconoclaste.
LTD/Jérôme Bonnet
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LTD/Jérôme Bonnet
Quand Marco, son fils de 15 ans, l'appelle et lui avoue qu'il vient de violer Jade, sa petite amie, au cours d'une fête, Jessie traverse la nuit en voiture au côté de son fils pour lui raconter sa vie à elle. À cette annonce impensable, elle oppose le récit de son propre viol, vécu à 18 ans. Non une sentence qui enfermerait Marco dans son geste, mais une porte ouverte pour le faire sortir de son cercle vicieux : en l'invitant de l'autre côté, hors de lui-même, elle lui permet de changer de point de vue, d'échapper à son rôle figé de fils, de petit ami, d'adolescent à problèmes. D'entendre la voix de la femme qui se cache derrière la mère.
Pour le faire sortir de sa sidération butée, elle lui fait revivre les faits dans le corps et la tête de Jade, et lui met sous les yeux son acte, ses conséquences : non, Jade ne dormira pas cette nuit. Oui, elle se sentira sale et aura envie de mourir. Non, cela ne passera pas de sitôt. Offrir à son fils pour la première fois le récit de l'enfance, des amours, des études, de la grossesse de celle qui l'a mis au monde, c'est lui permettre de penser sa vie à lui, ses sources et ses avant-scènes, ses origines et ses fardeaux - de remonter le fil de sa propre solitude et de son agressivité. Comprendre ce qui a pu le mener à s'emparer par la violence de ce qui ne lui appartient pas : l'intégrité de Jade et son consentement.
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Au-delà de la gêne qui le saisit à rouler toujours plus loin dans l'habitacle de la voiture et de l'intimité maternelle, Marco découvre un monde auquel il n'a jamais eu accès. S'il a tant de mal à se mettre en mots, n'est-ce pas que sa mère, elle-même, n'a pas reçu d'affection de ses parents ? Si son rapport à la sexualité est problématique, est-ce parce que Jessie, détraquée par son viol, est devenue escort pendant ses études, puis s'est prostituée ? Ce qui se tisse ici et touche au cœur, c'est l'invisible système d'échos qui lie les uns et les autres, la grammaire des blessures qui se transmettent et fait des familles un langage désarticulé. Une conjugaison atrophiée.
Juliette Einhorn