La chronique d'Apolline de Malherbe. Le fourre-tout des colères
Apolline de Malherbe

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.
LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS
Apolline de Malherbe

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La semaine de la rentrée, Damien m'a appelée au standard de RMC. Soudeur dans le Gers, vivant seul avec son fils, un seul revenu pour le foyer. Il m'a dit : « Bien sûr que la colère, je la comprends, mais le 10, pas possible d'être dans la rue, je ne peux pas me permettre une journée de salaire perdu. »
Puis il y a eu Christophe, chauffeur de taxi en Côte-d'Or. « Apolline, je ne sais même pas par quoi commencer tellement j'en ai à dire ! Comment voulez-vous qu'on ne soit pas en colère ? Je touche 1.200 euros net par mois. Ma femme travaille dans une déchetterie, elle gagne 1.400 euros net par mois. Je ne me plains pas, parce que je vis dans un petit village à 30-40 kilomètres de Dijon, et ça nous permet de vivre correctement. Je peux me loger, je peux manger, mes enfants sont boursiers... mais on n'est pas des nantis ! »
Pour lui, l'étincelle, c'est les deux jours fériés en moins. « Là, quand je les ai entendus dire qu'on va devoir faire des efforts ! Mais attendez, c'est pas nous qui avons mis le pays dans cet état-là, c'est pas nous ! Moi, je ne suis pas parti en vacances cet été ! Eux, ils ont pris quoi ? Deux semaines ? Trois semaines ? Ces gens-là, c'est un coup de pompe dans l'cul, et ça dégage ! » Mais Christophe n'a déjà pas pris de vacances cet été, il n'allait pas prendre la journée du 10 pour tout bloquer.
Le jour J, à 7 h 10, c'est un autre Christophe qui m'a appelée. Christophe de Rennes. Il travaille à la SNCF. « Il y a huit jours, c'est vrai, je me posais vraiment la question de participer au mouvement. Et puis j'ai vu tous ces politiques. Et puis j'ai compris la dette. Finalement, je trouve que ce sont plutôt eux qui devraient agir. Changer. Faire comme l'Italie, l'Allemagne, on n'est pas plus bêtes. Sinon on ne va pas s'en sortir. » Et puis il a alerté : « Apolline, ça commence à coincer du côté du rond-point de l'Alma, sur la rocade sud. Je viens d'y passer juste à temps, y a des voitures qui commencent à bloquer l'accès. Évitez le secteur ! » Merci pour l'info.
Une heure plus tard, un bus était incendié par des manifestants, juste avant le rond-point de Christophe.
À 9 h 15, des établissements sont bloqués. Poubelles, palettes, vélos pêle-mêle, début de barricades. Une lycéenne est en direct du Havre sur BFMTV. Elle s'appelle Bianca, elle est élève de terminale au lycée François-Ier. Elle a le visage masqué par un foulard et une capuche. Elle fait la liste de ce qui ne va pas : « On en a marre. Il y a des aides qui sont supprimées. Dans notre lycée, par exemple, l'option danse a été coupée de plusieurs subventions ! Et puis Parcoursup, ça va pas ! Le système, ça marche pas ! On veut un avenir meilleur, avec des subventions, avec des aides. Des aides du Crous, aussi, pour le logement. On est en révolte ! »
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Les lycéens et les jeunes étudiants ont représenté une part très importante des « bloqueurs » du 10 septembre.
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Mais les travailleurs, disons la majorité des travailleurs, ceux qui étaient descendus dans les rues au moment des Gilets jaunes, ceux qui bossent mais ne s'en sortent pas, les Damien, les Christophe, n'étaient pas dans la rue mercredi. Pas les moyens. Et, au fond, c'est ce mot d'ordre qui ne leur convenait pas. « Bloquons tout ». « Bloquons tout » ?! Leur espoir à eux, c'est plutôt débloquons tout ! Les cours de danse au lycée, ce n'est pas leur priorité. Manifester, casser les poubelles devant les lycées, mettre le feu à un bus sur la rocade... c'est un luxe qu'ils ne peuvent pas se payer.
Il y avait du monde dans les rues mercredi. Mais j'y ai vu un mouvement politique et pas « populaire ». Le peuple de gauche, de cette gauche-là, n'est plus vraiment le peuple tout court.
Mercredi 10, non. Mercredi 18, en revanche, ils pourraient être tentés d'y aller. Moins politique, plus syndiqué. Calmement, à l'ancienne.
Et avec des caisses de grève pour compenser les pertes.
➡️ À retrouver tous les matins sur BFMTV dans « Apolline de 9 à 10 ».
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