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La chronique de Pauline Delassus. Elle s’appelait Nathalie

Pauline Delassus

Publié le 11 mai 2025 à 03:15

Découvrez la nouvelle chronique de Pauline Delassus.

Découvrez la nouvelle chronique de Pauline Delassus.

LTD/Cyrille George Jerusalmi

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Six ans après le meurtre de Nathalie Debaillie, une banquière de 47 ans habitant Lille, son féminicide rappelle les difficultés rencontrées par les victimes pour se faire entendre lors de leurs dépôts de plainte.

Elle a été enlevée, séquestrée et tuée par son ex-compagnon. Une banale histoire de ces violences dites « conjugales »... qui provoquent la mort de près de 100 femmes chaque année en France. En 2019, Nathalie Debaillie, 47 ans, annonce à Jérôme Tonneau qu'elle met un terme à leur relation. Cet entrepreneur alors âgé de 53 ans ne le supporte pas. Pendant des mois, il la harcèle, la suit jusqu'aux abords de la Société générale où elle est banquière, à Lille, lui envoie des photos de pierres tombales, annonce à des amis communs qu'il va « la mettre dans un coffre de voiture » et « la buter ».

À quatre reprises, Nathalie se rend au commissariat, elle dépose une plainte et trois mains courantes pour menaces de mort réitérées et intrusion. Aucune n'est enregistrée ni transmise au parquet. Le 27 mai, Jérôme Tonneau, avec trois hommes qu'il a recrutés, enferme Nathalie Debaillie dans une camionnette, sur le parking de son lieu de travail. Il la ligote et l'emmène chez lui. Alertée par un témoin, la police met plus de trois heures à décider de pénétrer de force au domicile de l'homme qu'elle avait pourtant signalé. Trop tard. Nathalie est retrouvée morte dans la baignoire, la gorge tranchée avec un cutter. Arrêté, ainsi que ses complices, Jérôme Tonneau a été condamné à 30 ans d'emprisonnement.

A LIRE AUSSI

LA CHRONIQUE DE SOPHIE IBORRA. Violences faites aux femmes : sexisme et misogynie dans les prétoires, ça suffit !

Ce 7 mai, l'État était assigné en justice, au tribunal de Paris, pour des défaillances dans le traitement judiciaire des appels à l'aide lancés par Nathalie Debaillie auprès des forces de l'ordre. « Dès la première main courante, le danger était imminent, immédiat », a plaidé Me Steyer, l'avocate des enfants et du frère de la victime. Elle a rappelé que l'ex-conjoint avait - un comble ! - déposé plainte contre Nathalie Debaillie, pour un prétendu vol de portable. « Et là, on va prendre sa plainte, s'est-elle indignée. Ma théorie, c'est que lorsqu'un homme entre dans un commissariat il est beaucoup plus écouté qu'une femme. »

90.000 policiers et gendarmes formés

Jérôme Tonneau n'est pas « n'importe qui », a ajouté la conseil : d'anciennes compagnes avaient déjà dénoncé ses violences. Sans qu'il soit inquiété. « Le service public parfois n'arrive pas à accomplir sa mission », a reconnu à l'audience l'agent judiciaire de l'État. « Il y a eu une faute lourde », a ajouté le procureur.

Estimant néanmoins que, même si les alertes de la victime avaient été prises en compte, cela n'aurait peut-être pas empêché son assassinat tant « la détermination » de Jérôme Tonneau était forte. Une déclaration qui a choqué les proches de Nathalie Debaillie. Me Steyer a réclamé 200.000 euros au titre du préjudice moral pour chacun de ses deux enfants, 100.000 euros pour leur père, ainsi que pour son frère. La décision du tribunal sera rendue le 4 juin.

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Ma théorie, c'est que lorsqu'un homme entre dans un commissariat il est beaucoup plus écouté qu'une femme.
Me Steyer, l'avocate des enfants et du frère de la victime

Cette affaire, ce scandale en rappelle tant d'autres. En 2019 toujours, Julie Douib, 34 ans, a été assassinée par son ex en Corse. Elle aussi avait plusieurs fois sollicité l'intervention de l'État, se rendant à la gendarmerie de L'Île-Rousse où elle avait déposé plainte cinq fois contre le père de ses fils, sans être prise au sérieux, sans qu'une mesure d'éloignement soit prononcée, sans que l'arme qu'il détenait soit confisquée. Jusqu'à ce que cet homme lui tire deux balles dans l'abdomen.

Laura Rapp, rescapée d'une tentative de féminicide, a dénoncé la remise de peine de son agresseur, père de sa fille, qui l'a violentée pendant cinq ans et menacée depuis sa cellule. Cécile Piquet, 44 ans, tuée par son ex-époux dans le Val-d'Oise, avait déposé plus de dix plaintes contre lui. Nneoma, 27 ans, retrouvée démembrée à Niort, avait porté plainte trois fois contre son conjoint. À Mérignac, c'est Chahinez qui a été brûlée vive par celui qu'elle avait dénoncé et qui avait été condamné et libéré sans qu'elle soit mise à l'abri.

A LIRE AUSSI

Les femmes victimes de violences conjugales: vers une reconstruction par l'entrepreneuriat

Parmi les mesures adoptées ces dernières années pour lutter contre ces violences, outre la mise en place d'une aide financière d'urgence, du Téléphone grave danger, du Bracelet anti-rapprochement, près de 90.000 policiers et gendarmes ont été formés pour mieux accueillir les femmes et ne plus passer à côté d'un futur féminicide.

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Suffisant ? En 2023, 94 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex, une diminution de 20 % après les 118 féminicides recensés l'année précédente, selon le gouvernement. Le collectif Féminicides par compagnons ou ex, le premier qui a publié de tels décomptes, confirme cette légère baisse, dénombrant 103 tuées en 2023 et 94 en 2024. Toujours trop. 

Pauline Delassus

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