LA TRIBUNE DIMANCHE - Dans votre dernier ouvrage*, vous écrivez, avec optimisme, que nous sommes à l'aube d'une nouvelle civilisation. De quoi voulez-vous parler ?
JEAN VIARD - Nous vivons deux ruptures anthropologiques majeures. D'une part, la nature a pris la main sur l'Histoire. Ce ne sont plus d'abord les sociétés politiques qui font l'Histoire, mais les dynamiques complexes de la nature, que nous avons déchaînées. Le sauvetage de la biodiversité, l'adaptation à un climat incontrôlable, la diminution de nos productions de CO2 s'imposent comme des enjeux vitaux pour l'espèce humaine. Ce sont des phénomènes mondiaux qui nous rapprochent par nécessité et bouleversent le monde et nos vies. D'autre part, chacun existe de plus en plus comme individu avant d'être une femme ou un homme et chacun mène sa vie à partir de son propre projet. C'est la fin progressive du modèle patriarcal, où l'homme devait être héroïque au travail, à la guerre, au lit et dans l'autorité, et « sa » femme, tenir sa maison, son budget, son mari et ses enfants. Nous sommes sans cesse régénérés dans le travail et en dehors du travail, à la différence du monde précédent où le rapport au travail présidait au reste. On jardine - 63 % des Français ont un jardin. C'est le premier pas d'un monde écologique.
Que laissons-nous derrière nous ?
Notre monde a bifurqué. Il reposait sur la révolution industrielle. Celle-ci a fait sens partout, elle a permis d'augmenter l'espérance de vie de près de 50 %. Mais elle s'est construite sur trois dominations : la domination des femmes, la domination des colonies et celle de la nature. Ces trois domaines sont en révolte depuis plusieurs décennies, c'est le signal du changement. Nous sortons des cadres hérités de la révolution industrielle, et même de cadres plus anciens comme le mariage.