Maire (ex-PS) de Libourne, Philippe Buisson estime qu’il revenir partiellement sur les lois Besson qui réglementent l’accueil des gens du voyage dans les communes.
C'est l'un des angles morts des politiques publiques locales, et pourtant l'une des plus complexes, explosives et coûteuses : la gestion des aires d'accueil des gens du voyage. Depuis les années 2000, les lois dites « Besson », du nom d'un grand ministre du Logement, encadrent cette compétence en posant les fondements juridiques de cet accueil spécifique.
Légitimes à l'époque, ces lois sont aujourd'hui inadaptées, sauf pour des situations sporadiques comme les grands rassemblements évangélistes. À l'heure où les campagnes municipales s'annoncent plus populistes que jamais, il est urgent de les revisiter sereinement tant la société et les modes de vie des gens du voyage ont évolué en 30 ans.
Premier constat : une population mal connue, une équation impossible
La population des gens du voyage est à la fois très hétérogène et mal quantifiée. Combien sont-ils ? Entre 350 et 550.000, selon les estimations officielles. Ainsi ni l'Insee, ni les structures dédiées à leur représentation ne parviennent à les évaluer avec rigueur, sans cette marge d'erreur d'environ 200.000 personnes - une incongruité statistique majeure.
Même là où les schémas départementaux sont peu ou prou respectés, les campements sauvages se multiplient sans retenue. Cela signifiant sans doute que le besoin en places dépasse largement les prescriptions de ces schémas.
Obliger à la création de nouvelles aires d'accueil pour répondre à cette équation démographique serait une charge insoutenable politiquement et financièrement.
Plusieurs initiatives législatives sont annoncées prochainement. Elles viseront à sanctionner plus fermement ces installations illicites mais, fort heureusement, aucun renforcement des obligations des collectivités locales n'est à l'ordre du jour : obliger à la création de nouvelles aires d'accueil pour répondre à cette équation démographique serait une charge insoutenable politiquement et financièrement.
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Face à cette impasse, l'État semble s'en remettre à une forme de régulation informelle. En pratique, ce sont les maires et les services locaux de l'État, plus que jamais soutiers démunis de la République, qui sont envoyés au casse pipe pour réguler des situations souvent tendues, voire périlleuses, sans les moyens d'agir efficacement.
Cette forme de « laisser-faire » est une impéritie dangereuse. Les implantations illégales, sur domaine public ou privé, sont des irritants insupportables car elles sont source d'incivilités : dégradations, vols d'eau ou d'électricité, troubles à l'ordre public, salubrité précaire... Autant de motifs d'exaspération pour nos concitoyens à qui l'on demande par ailleurs le respect des règles et l'exemplarité civique.
Cette forme de « laisser-faire » est une impéritie dangereuse
Deuxième constat : une population de plus en plus sédentaire
Les gens du voyage n'ont de voyage que le nom. Hors des grands rassemblements estivaux, leurs familles aspirent à la stabilité, souvent déjà implantées depuis longtemps dans nos territoires. Les aires d'accueil prévues par les lois Besson comme espaces de transit temporaire ne répondent plus à la réalité : ce sont les mêmes familles qui y résident de façon quasi permanente, dans des conditions souvent indignes et précaires.
Soyons lucides : ces campements, coûteux pour les collectivités, sont devenus des zones marginalisées, mal intégrées, fermées sur elles-mêmes. Sauf rares exceptions, ce sont des lieux d'exclusion, peu accueillants, où élus et services publics sont perçus comme intrus.
Alors que l'on lutte avec raison contre toutes les formes de séparatisme, ces aires, financées et organisées par la puissance publique, en sont un triste exemple : sentiment d'impunité, scolarisation aléatoire, précarité des femmes, communautarisme, travail clandestin, maltraitance animale...
Sauf rares exceptions, ce sont des lieux d'exclusion, peu accueillants, où élus et services publics sont perçus comme intrus.
Troisième constat : ce sont nos concitoyens à part entière
La très grande majorité des gens du voyage est française. Depuis la suppression légitime du carnet de circulation en 2012 et l'instauration de la « commune de rattachement », ils disposent des droits civiques et sociaux associés à un domicile qui en font des citoyens de plein droit : vote, état civil, fiscalité, protection sociale... Cette évolution a d'ailleurs produit rapidement les effets recherchés : nombre d'entre eux se sentent attachés à leur commune d'implantation et aspirent à une sédentarisation choisie tout en conservant un habitat mobile - la caravane - et un mode de vie structuré autour du clan familial lui même souvent étendu sur plusieurs générations.
Démanteler progressivement les aires d'accueil
Face à ces réalités, il est temps de détricoter partiellement les lois Besson. Il faut pouvoir démanteler progressivement les aires d'accueil telles qu'elles existent aujourd'hui, au profit de terrains familiaux locatifs (TFL), plus adaptés aux besoins réels de ces familles.
Ces TFL, bien que prévus dans les textes réglementaires depuis des années, peinent à émerger. Construits par des bailleurs sociaux ou privés, ils permettent pourtant une sédentarisation apaisée sans nier l'identité nomade : chaque petite parcelle, obligatoirement clôturée, permet l'installation de 2 ou 3 caravanes, avec des annexes en dur pour les pièces de vie et les commodités. Ce modèle hybride est plus humain, plus fonctionnel et plus intégrable au tissu urbain.
Une proposition concrète : un quota de TFL
À l'instar de la loi SRU qui impose 25 % de logements sociaux dans les communes les plus importantes, le législateur pourrait instaurer un quota minimal de TFL dans les territoires volontaires. En échange, les aires actuelles pourraient être progressivement fermées, dans un calendrier concerté. Ce serait une avancée décisive vers une inclusion réelle.
Nous devrions pouvoir ouvrir un débat honnête sur cette question avant les municipales de mars 2026. Car oui, cette communauté — Roms, Manouches, Gitans, tziganes — est une part intégrante de notre pays et de notre Histoire. La France a toujours tout à gagner à reconnaître la diversité de ses citoyens et j'observe que de nombreux pays européens voisins, disposant eux aussi d'une communauté de gens du voyage importante, n'ont pas eu besoin de lois spécifiques pour répondre à cette réalité.