ENTRETIEN – De ses quatre premiers Vendée Globe, le Finistérien Jérémie Beyou a rapporté une galerie de cartes postales qui révèlent la beauté et la violence de ces lieux où personne ne va.À 48 ans, Jérémie Beyou s'apprête à vivre son cinquième Vendée depuis 2008. Les deux premiers, il a dû abandonner. Il a bouclé les deux suivants, montant sur le podium en 2017. Il fait encore une fois partie des favoris.
LA TRIBUNE DIMANCHE - S'il restait une carte postale de vos quelque deux cents jours de course, quelle serait-elle ?
JÉRÉMIE BEYOU - Ça va paraître bateau, mais le cap Horn. Je l'ai passé deux fois sur le Vendée. Et je ne l'ai vu qu'une fois, en 2016-2017. Cet endroit est tellement légendaire, chargé d'histoires. On ne sait combien de navires ont fait naufrage ou ont mis des mois à le franchir. Sans compter son importance stratégique. Et puis, la première fois, c'était pour moi l'aboutissement de quatre tentatives de tour du monde avortées. Quatre échecs dans la tête plus la traversée du Grand Sud : ça pèse, émotionnellement.
Esthétiquement, est-ce que le cap Horn est à la hauteur de sa réputation ?
Oui. Quand je l'ai vu, il faisait gris, c'était austère. Il ne s'agit pas de jolis cailloux en granit comme chez nous. C'est tout noir. Les dents de l'enfer. Comme dans le Grand Sud, il ne faut pas rester faire du tourisme, car les conditions peuvent vite se gâter. D'autant que les histoires que tu as lues ressurgissent au fond de ton esprit... Là-bas, il y a un gars, un Chilien, posté dans le sémaphore. Il ne doit pas parler à grand monde. Moi, j'avais eu la chance d'échanger avec lui à la radio VHF.
Est-ce l'endroit le plus hostile ?
Propos Recueillis Par Solen Cherrier