ENTRETIEN — La politologue Chloé Morin publie mercredi 29 janvier « La Broyeuse » (Éditions de l’Observatoire). Un essai consacré aux médias et à la défiance qui les frappe, nourri par ses entretiens avec une trentaine de figures du quatrième pouvoir.LA TRIBUNE DIMANCHE — Que dénoncez-vous dans ce livre?
CHLOÉ MORIN — La presse est devenue le pilier le plus fragile de notre démocratie. Les politiques n'osent pas s'emparer du problème de peur d'être accusés de toucher à l'indépendance de la presse. Les citoyens se méfient des journalistes. Ces derniers n'osent pas dénoncer leur précarité de peur de paraître corporatistes. Or il n'y a pratiquement pas d'autres professions où le niveau d'études soit aussi élevé et les salaires si bas. L'information devrait être considérée comme un bien public et mériterait d'être financée pour perdurer. Il y a un système d'aides à la presse, mais c'est un modèle daté.
Qui est aux manettes de ce que vous appelez « la broyeuse médiatique »?
Journalistes, politiques et citoyens. Les lecteurs entrent dans l'écosystème médiatique par les réseaux sociaux, ils y voient une image déformée des médias. Il y a beaucoup d'offres de qualité, mais le déclin de la lecture et l'attrait des écrans les affaiblissent. Surtout, le pouvoir médiatique est menacé par les géants du Web. Que peut-il encore face à Musk et Zuckerberg?
Non. Les élus qui quittent X font de la com. Ils feraient mieux de réfléchir à la manière de revitaliser les médias. Les médias traditionnels ne doivent pas quitter X, même s'ils ne se battent pas à armes égales contre l'algorithme. Il faut qu'il reste du contenu intelligent et informé sur ce réseau.
Vous soulignez que la défiance envers les journalistes s'explique parce que beaucoup de médias sont la propriété de grands industriels. Comment y remédier?
Pauline Delassus (propos recueillis)