LA TRIBUNE DIMANCHE — Le gouvernement a finalement choisi de ne pas tenir compte de l'avis du Conseil d'État dans sa rédaction du projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie de la Corse. Vu les rapports de force au Parlement, est-ce que ça ne fragilise pas l'avenir immédiat du texte ?
FRANÇOIS REBSAMEN — Ce projet de loi a été validé en Conseil des ministres. C'est en soi une victoire puisqu'il permet à la Corse d'entrer dans la Constitution française et consacre les spécificités de la « communauté » corse en raison de ses caractéristiques historiques, culturelles et linguistiques, ainsi que son « lien singulier à sa terre ». Aucune autre collectivité n'a droit aux mêmes qualificatifs. C'est une forme de reconnaissance que les Corses espéraient depuis longtemps. Ce texte leur dessine aussi une voie hors de la violence et redonne de l'espoir à une jeunesse qui en a besoin, dans la région la plus pauvre de France métropolitaine.
Les opposants au texte, élus comme juristes, vous reprochent d'ouvrir une boîte de Pandore avec ce terme de « communauté » dont pourraient se saisir d'autres autonomistes au sein de la République...
Hormis nos territoires ultramarins, aucune région française n'a les particularités de la Corse. Il s'agit d'une île située en Méditerranée à 280 kilomètres de Marseille et à 80 kilomètres de Gênes. Elle est voisine de la Sardaigne, qui dispose de beaucoup plus d'autonomie vis‑à-vis de l'Italie. La spécificité insulaire a des incidences importantes : par exemple, les résidences, en Corse, ne posent pas les mêmes problèmes que dans d'autres lieux très touristiques du territoire national. Quand on n'arrive pas à se loger à Toulon, on peut aller ailleurs dans le Var, à 20 ou 30 kilomètres. Quand on ne trouve pas de logement en Corse, on doit prendre l'avion ou le bateau pour aller à Marseille.