Il y a longtemps, Marie Cau s'appelait Nicolas. Cela, tout le monde le sait à Tilloylez-Marchiennes, mais plus personne n'en parle. C'est la démission de Mme la maire qui occupe les conversations dans ce village du Nord de 500 habitants. Après des mois de conflit au sein du conseil municipal, la première édile trans de France a décidé de céder sa place.
Elle dénonce un climat délétère, des attaques verbales, du harcèlement et des diffamations pour lesquels elle a porté plainte. Leadeuse de l'opposition, élue à sa suite à la tête de la commune, Catherine Vandewalle, cheffe d'entreprise de 60 ans, savoure sa victoire sans mansuétude : « Mme Cau ébranlée ? Elle joue la comédie ! Quand on n'est pas d'accord avec elle, elle s'imagine qu'on est contre elle. Elle impose ses idées. Moi, je ne défends qu'une cause, celle du bon sens. Ma priorité pour le village : la sécurité. »
À Tilloy, zone semi-urbaine qui a poussé au milieu des champs, deux camps se font face. Parfois on s'invective aux abords de la friterie, devant les maisons en brique rouge, sur le parvis de la minuscule mairie. Ambiance « Dallas » chez les Chtis. La vie semble pourtant douce pour les Tillotins, actifs aisés pour la plupart. Parmi eux, Marie Cau, presque la soixantaine, garde de fidèles soutiens. Christiane, retraitée et ex-élue, témoigne : « Marie a beaucoup travaillé pour le village. L'opposition lui reprochait de trop investir. Certains voulaient prendre le pouvoir. Ils l'ont poussée à la démission. Elle a bien fait de partir, elle aurait fini par y laisser sa santé. »