Formule 1 : Hadjar, la nouvelle star ?
Stéphane Colineau

Isack Hadjar, 20 ans, est un grand espoir de la F1.
LTD/Michael Potts/Shutterstock/SIPA
Stéphane Colineau

Isack Hadjar, 20 ans, est un grand espoir de la F1.
LTD/Michael Potts/Shutterstock/SIPA
Ne pas se laisser berner par le sourire enjôleur d'Isack Hadjar. Sur ce visage où perce encore l'innocence, des tempêtes peuvent se lever. Et surgir lors d'échanges radio avec ses ingénieurs. L'un d'eux, après le Grand Prix de Monaco 2024 de formule 2, a marqué les esprits. Le Parisien menait la plus désirée des courses avant de la laisser filer à cause de consignes malvenues. « Es-tu sérieux ? a-t-il alors hurlé. Je t'avais demandé si je pouvais pousser ! Ne me parlez pas. C'est une blague ! »
Cette désillusion ne l'a pas empêché de lorgner le titre jusqu'au bout, ses espoirs ne s'envolant qu'après qu'il eut calé au départ de l'ultime rendez-vous de la saison, à Abou Dhabi. Ni de toucher son Graal : un volant en formule 1. Avec Pierre Gasly (Alpine) et Esteban Ocon (Haas), le vice-champion de F2 sera le troisième Français présent sur la grille dimanche prochain à Melbourne, lancement de la saison.
À 20 ans, le protégé de la maison Red Bull affûtera sa pointe de vitesse au sein de l'écurie petite sœur de celle de Max Verstappen, Racing Bulls, au côté de l'expérimenté Japonais Yuki Tsunoda. « Il me faudra trois ans pour être au point », prévient-il, même si les simulateurs fabriquent des débutants de plus en plus performants.
Les scénaristes de la série Netflix Formula 1 - Pilotes de leur destin se frottent les mains. Isack Hadjar est d'une espèce singulière. Un sanguin sympathique « moins agressif que ce que les gens pensent », jure celui que les écuries semblent avoir oublié d'inscrire aux cours de média training. Il n'a ni la dureté du revanchard social ni l'arrogance involontaire du fils de fortunés.
Sa décontraction rappelle celle de Daniel Ricciardo, version génération Z. Comme l'Australien, le Franco-Algérien n'est pas monomaniaque. Féru de sciences, il a déjà arboré sur son casque des formules d'aérodynamique.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Dans un entretien à la chaîne YouTube FT Sports, il s'est pourtant dépeint comme « largement plus passionné par le MMA que par la F1 ». « Quand je regarde un Grand Prix, expliquait-il, j'ai l'impression de faire mon boulot. Pendant un combat, j'ai le cœur qui bat fort. » Et cela décuple aussi sa motivation : « Lors d'une course au Qatar, j'étais malade, c'était dur. J'ai pensé à un copain qui venait de combattre [en MMA], une vraie guerre. Je me suis dit que je ne pouvais pas faire le fragile. Je devais finir ma course, et bien. »
Autres passions : le judo, longtemps pratiqué, et la boxe - ce fan de la série des Rocky avait un poster de Mohamed Ali dans sa chambre d'ado. Enfant, c'est en se repassant en boucle le film d'animation Cars qu'il s'est amouraché de la course automobile - il possède encore un doudou de la franchise Pixar. Une madeleine qui ne doit rien au hasard. Son père, Yassine Hadjar, chercheur en physique quantique, est dingue de sport automobile.
C'est dans son sillage qu'Isack a découvert le karting à 6 ans, porte de la Chapelle à Paris. Ainsi que son don pour le pilotage. Le futur champion y a cultivé des réflexes rares. Une vidéo postée sur les réseaux sociaux le montre déjouer en une fraction de seconde une collision qui semblait inévitable, à très haute vitesse dans un virage aveugle à Monaco. Cette séquence a attiré plus de 10 000 followers supplémentaires sur son compte Instagram.
Sa route n'a pas été sans chicanes. Faute d'argent, Isack Hadjar a souvent piloté à armes inégales, avec son père pour seul mécanicien. « Ma famille est aisée mais, dans ce monde, nous sommes minables, constate-t-il. Même quand tu es fort, si tu n'as pas de sous, c'est mort pour toi. » Lui a cru plusieurs fois devoir rentrer définitivement aux stands. « C'est ma mère qui a trouvé les budgets. Je ne sais pas comment elle a fait, c'est impressionnant. »
Pour la première fois cette année, il va toucher un salaire - 1,2 million d'euros annuels, selon le site Sportune. De loin le plus faible du plateau, à égalité avec Jack Doohan (Alpine) et Gabriel Bortoleto (Stake). Mais il est appelé à s'élever sensiblement si Isack Hadjar se révèle aussi performant que ce que prédit Helmut Marko : le conseiller spécial de Red Bull l'a qualifié de « nouvel Alain Prost ».
À lire également
L'ancien pilote Juan Pablo Montoya loue, lui aussi, le talent du rookie, en partie formé par la Fédération française du sport automobile. « Je vois Hadjar comme le nouvel Oscar Piastri [McLaren], analyse le Colombien. Je lui aurais donné le baquet qui est revenu à Liam Lawson chez Red Bull. Il aurait été un meilleur coéquipier pour Verstappen. » Il ne reste qu'à le prouver.
Stéphane Colineau
Courbet, Rembrandt, Monet, De Vinci... Quand les artistes explorent l'art de l'autoportrait
Olivier Faure, une « pré-primaire » pour contraindre Glucksmann. La chronique politique de Pierre Lepelletier
Présidentielle 2027 : Dominique de Villepin soigne sa gauche
Ces macronistes bientôt arrimés à Pécresse