L’ex-rouleur italien Francesco Moser trace des parallèles entre l’âge d’or de la fin des années 1970 et les batailles sublimes que se livrent les meilleurs coureurs du moment.
Nul clin d'œil au tournoi de tennis de Wimbledon dans la tenue immaculée de Francesco Moser, en blanc des pieds à la tête, jeudi soir à Lille. L'Italien, vénérable septuagénaire, a fait un aller-retour pour assister à la célébration des 50 ans du maillot blanc, parrainé par Krys, qui récompense chaque année le meilleur jeune de moins de 26 ans.
Il en fut le premier lauréat en 1975, pour son unique participation au Tour de France. Assis au frais, dans un jardin calme, le champion du monde sur route (1977), auteur d'un triplé à Paris-Roubaix de 1978 à 1980, puis maillot rose du Tour d'Italie en 1984 et détenteur du record du monde de l'heure la même année, a partagé dans un excellent français ses souvenirs. Et son goût modéré pour le cyclisme d'aujourd'hui.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Le cyclisme vit-il un nouvel âge d'or ? FRANCESCO MOSER — Oui, c'est une période remarquable. On voit Tadej Pogacar, Remco Evenepoel, Mathieu van der Poel toute l'année, plus Jonas Vingegaard qui se prépare avant tout pour le Tour de France et l'a déjà gagné deux fois face à Pogacar [2022 et 2023].
Pour le spectacle, il serait bon que Vingegaard s'impose une fois de plus. En tout cas, l'abondance ne nuit pas. Je peux en témoigner pour avoir bataillé avec Eddy Merckx à mes débuts, puis Roger De Vlaeminck, Bernard Hinault...
Pogacar n'a laissé que des miettes depuis le début de la saison. Ne risque-t-il pas de lasser, comme Merckx en son temps ? Chacun devrait se poser cette question : si j'étais coureur, est-ce que je ne voudrais pas être Pogacar ? La réponse est oui, bien sûr. Déjà aux championnats du monde sur route à Zurich, en septembre dernier, il était sorti du peloton à 100 kilomètres de l'arrivée, avait reçu un léger coup de main de la part des coureurs qui se trouvaient à l'avant, avant de finir seul pendant 51 kilomètres.
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Il a une très grande condition depuis plusieurs mois. Mais il n'est pas invincible puisque Van der Poel l'a devancé à Paris-Roubaix et Mattias Skjelmose à l'Amstel Gold Race. D'ailleurs, il ne serait pas normal qu'il gagne à chaque fois.
Propos recueillis par Mickaël Caron, envoyé spécial à Lille (Nord)