Léon Marchand, prêt à battre le record du monde à Singapour
Julien Richard, correspondant à Singapour

Léon Marchand lors du 200 mètres au TYR Pro Swim Series.
LTD / Gaelle Mobuchon / PRESSE SPORTS
Julien Richard, correspondant à Singapour

Léon Marchand lors du 200 mètres au TYR Pro Swim Series.
LTD / Gaelle Mobuchon / PRESSE SPORTS
Il a débarqué dans la salle de presse exigüe et bondée de la piscine de Singapour, un gobelet de café à la main. Détendu et souriant. Léon Marchand s'est amusé quand l'animateur de la conférence organisée par la fédération internationale a demandé aux journalistes d'arrêter de lui poser des questions pour interroger les autres cadors de la natation présents à ses côtés. « C'est le meilleur moment de l'année donc oui, je suis excité, a savouré le quadruple champion olympique de 23 ans, heureux de retrouver la compétition mondiale. Là, il y a un vrai enjeu. Ça dure une semaine. Et c'est ce qui se rapproche le plus des Jeux. »
Dans la pièce, le nouveau directeur technique national (DTN), Denis Auguin, observe avec le sourire : « Je le trouve extrêmement serein, bien plus détendu que quand je suis allé le voir à Austin [en début d'année]. Je le trouve apaisé et en forme à l'entraînement.»
Léon Marchand l'assure, il savait au fond de lui (qu'il) avait « envie faire ces Mondiaux ». Mais Singapour se dresse à l'issue d›une saison post-olympique, éprouvante à la mesure du tsunami provoqué dans la piscine de la Paris La Défense Arena. Après Paris 2024, qui a l'a fait basculer dans une autre dimension, il a affirmé ses choix et a parfois dû les imposer. Par nécessité et conviction. Pour retrouver la flamme, et surtout la garder.
En décembre dernier, « épuisé », il renonçait aux championnats du monde en petit bassin. Dans la foulée, il partait trois mois s'entraîner en Australie, réussissant à convaincre son coach américain, Bob Bowman. Chose que l'ancien mentor de Michael Phelps n'avait jamais accordé à la légende. « Quand il a une idée en tête, il ne l'a pas ailleurs, c'est sûr », sourit Denis Auguin.
En juin, il a demandé et obtenu d'être exempté des championnats de France à Montpellier. Qualifié sur quatre courses individuelles pour ces Mondiaux, Marchand a finalement fait le choix d'alléger son programme pour se concentrer sur les deux épreuves de quatre nages, le 200 et le 400 mètres. Exit les 200 brasse et papillon, sur lesquels il avait également décroché l'or à Paris. Il commencera à plonger mercredi 30 juillet.
Le Toulousain pense qu'au fond de lui, c'est ce qu'il avait « prévu depuis le départ », rappelant qu'il n'avait pas couru de 200 mètres papillon cette année et que le seul 200 brasse sur lequel il s'était aligné ne l'avait pas plus grisé que ça. « Je suis curieux de savoir ce que je peux faire sur le 200 mètres quatre nages sans avoir des courses autour et avant, précise-t-il. Je pensais que c'était un bon moment pour réduire un peu mon programme après les Jeux, et de me relancer grâce à ça. » Et il ne faut pas le pousser très fort pour détailler un cette curiosité : « Vous voulez que je le dise, c'est ça ? Oui, j'ai envie de battre le record du monde. » A Paris, il s'était approché à 6 centièmes des 1'54'' de l'Américain Ryan Lochte établis en 2011. La course clôturait pourtant son gargantuesque programme individuel.
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Son plan, il l'a déjà un peu en tête. Il le partage avec Bob Bowman, qu'il a suivi de l'Arizona au Texas, l'équipe de France et Nicolas Castel, son entraîneur à Toulouse qui s'occupe de lui au cours de ces Mondiaux. « Parfois, il peut paraître un petit peu difficile à suivre, confie ce dernier, mais c'est juste qu'il a toujours un temps d'avance sur les autres. Il a une forme d'intuition, laisse beaucoup de choses à son appréciation. » Depuis les Jeux, Léon Marchand dit qu'il a appris « à dire non », à s'affirmer et à s'écouter « de plus en plus ». Il avait tout de même assez de caractère avant pour persuader Bob Bowman de faire le doublé 200 papillon-200 brasse le même jour aux JO.
« Ça l'amuse aussi de ne pas tout le temps faire la même chose, prolonge Denis Auguin. Et puis on le gère sur la durée. Quand je lui octroie, par exemple, de ne pas venir aux championnats de France, ce n'est pas une gestion à court terme pour ces championnats du monde. » Mais cela répond à une problématique importante : « Comment faire en sorte qu'un nageur français redevienne, pour une fois, champion olympique. » Ce qui n'est jamais arrivé.
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Pour l'intéressé, l'objectif à moyen terme, ce sont les championnats d'Europe au Centre aquatique olympique l'an prochain. « Ça me tient à cœur, ça va être un retour à Paris, je pense que ça va être sympa. » Los Angeles 2028 lui paraît encore loin. « Je ne sais pas encore comment l'imaginer mais je vais dans cette direction, dit-il. Je ne sais pas comment je vais y aller, mais je sais que je vais vers là. »
Julien Richard, correspondant à Singapour
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