Le marché du cacao anticipe un afflux de fèves ivoiriennes

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Les cours de la tonne de cacao dégringolent.

Les cours du cacao ont brusquement décroché cette semaine, avec un plongeon marqué mercredi en séance. La tonne a perdu 6 % en une semaine, et cotait 2244 livres sur le Nyse Liffe de Londres. Un accès de faiblesse lié au risque subit de voir débarquer des tonnes de fèves sur le marché. Le durcissement du conflit entre les partisans du président ivoirien sortant, Laurent Gbagbo, et ceux du président élu, Alassane Ouattara, s'est en effet cristallisé cette semaine autour du cacao. Gbagbo a annoncé qu'il allait nationaliser la filière, avant de déclarer mercredi que les stocks de fèves bloquées en Côte d'Ivoire depuis le 23 janvier dernier par ordre d'Alassane Outtara devaient sortir du pays avant la fin mars. Sans quoi, Gbagbo aurait l'intention de mettre la main dessus.

Prix dérisoires

Le montant de ces stocks reste incertain, mais il représenterait plus de 450.000 tonnes selon le broker Marex Financial. « Et si ces stocks parviennent à sortir du pays, ce sera sous le manteau [en raison d'appel au boycott de l'Europe et des États-Unis, Ndlr], et à un prix cassé. Ils peuvent donc vraiment peser sur les cours » assure un expert. Un point d'interrogation pèse pourtant sur cette hypothèse, tant les principaux intermédiaires comme Cargill ou ADM ont beaucoup à perdre, en terme de réputation à jouer le jeu du président sortant. Exporter le cacao de Côte d'Ivoire aujourd'hui revient en effet à regarnir les comptes de Laurent Gbagbo, dont les équipes de douanes prélèvent une taxe de 50 % sur les fèves. Ce qui équivaut aussi à alimenter la guerre civile qui sourd déjà dans le pays. « Seules l'Afrique du Sud, qui soutient Gbagbo, et peut être la Chine, qui pourrait absorber jusqu'à 50.000 tonnes de fèves, seraient en mesure d'acheter du cacao à la Côte d'Ivoire aujourd'hui », assure François Ruf, chercheur au Cirad. De petits intermédiaires libanais pourraient également parvenir à sortir des fèves, quitte à transiter par un autre pays producteur. Ce qui est sûr, c'est que la prochaine récolte ivoirienne est déjà mise en péril par les prix dérisoires actuellement payés aux fermiers. Avec 400 FCFA par kilo, soit à peine le quart du prix du marché, les paysans risquent d'apporter peu de soin et surtout peu d'engrais aux cacaoyers.

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