De nouvelles institutions internationales sont nécessaires

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Par Nicolas Véron, économiste au centre de réflexion européen Bruegel.

C'est maintenant sûr, la crise est mondiale et ne laisse personne indemne. Elle est la première d'un monde multipolaire intégré, au moins depuis 1914. Les grandes économies ne partagent ni le même régime politique ni les mêmes références historiques, rendant plus difficile une action coordonnée. Nicolas Sarkozy a martelé à l'automne qu'une crise mondiale appelle des solutions mondiales, mais ces dernières ne sont aujourd'hui qu'un dernier ressort peu robuste par nature, et il vaut mieux gérer à un niveau plus local tout ce qui peut l'être, à commencer par la relance budgétaire.

L'urgence collective n'est pas la solidarité mondiale, qui supposerait une cohésion dont nous sommes loin, mais le maintien d'une économie ouverte qui donne à chacun ses chances de réussir. La mondialisation a permis à des centaines de millions de foyers d'échapper à la pauvreté ; une refragmentation du système serait un jeu à somme très négative, et tous les dirigeants en sont conscients. Or, celle-ci est en route, pas tant par les tarifs douaniers comme dans les années 1930, mais par l'instabilité macroéconomique, les distorsions de concurrence internationale, et les ruptures dans la chaîne de confiance. C'est à ces menaces qu'il faut répondre en priorité.

Les enjeux macroéconomiques sont peut-être les plus effrayants mais aussi ceux pour lesquels existent des outils mondiaux éprouvés : l'intervention du FMI et la coordination entre banques centrales, le cas échéant via la Banque des règlements internationaux (BRI) et les comités qu'elle héberge comme le Forum de la stabilité financière (FSF), qui a aidé dès avril 2008 à coordonner les réponses nationales à la crise. L'Union européenne peut aussi jouer un rôle comme elle l'a fait en Hongrie et en Lettonie.

Hélas, les tensions sur le marché de la dette souveraine suggèrent que 2009 sera une année active de ce point de vue. Les dévaluations compétitives sont un autre risque majeur, auquel le format du G7 ne permet plus de répondre ? à supposer que tel ait jamais été le cas.

Une compétition mondiale équitable suppose, dans l'immédiat, une limitation des politiques de préférence nationale ? sur ce point, c'est le débat en cours aux États-Unis qui donnera le ton ? et des normes mondiales harmonisées sur les aspects clés de régulation. Les normes prudentielles fixées par l'accord de Bâle II ont mal passé le test de la crise : le comité de Bâle sur la supervision bancaire, également sous l'égide de la BRI, a engagé leur réexamen et on peut espérer des progrès à moyen terme.

La crise met aussi sur la sellette les normes comptables IFRS. L'IASB, qui les édicte, a déçu par sa faible réactivité initiale puis son manque de résistance aux pressions politiques. La perspective de l'adoption des IFRS aux Etats-Unis semble à nouveau repoussée. En outre, les normes communes ne valent que si leur application locale est suffisamment homogène, ce qui est loin d'être le cas.

Afin de restaurer la confiance, il faudra enfin crédibiliser la supervision des quelques intermédiaires privés mondiaux dont le rôle est vital pour tout le système : les quatre grands réseaux d'audit, les trois grandes agences de notation et les grandes infrastructures de compensation et de règlement-livraison (y compris pour les dérivés de crédit), tous trop intégrés pour être surveillés séparément aux Etats-Unis, en Europe et ailleurs. Ainsi que, mais c'est à la fois moins urgent et plus difficile, les banques d'investissement et les "hedge funds" dont l'activité se déploie sur tous les continents.

Les institutions existantes peuvent traiter une partie seulement de ces impératifs, et elles ont toutes besoin d'être réformées. Le G20 est en train de remplacer le G7 comme format de rencontre au plus haut niveau. Un élargissement aux grands émergents est en cours pour le FSF. Le FMI y parviendra si les Européens renoncent à leurs droits de vote aujourd'hui excessifs, et les Américains à leur veto.

L'IASB vient d'annoncer une réforme de ses statuts mais il reste beaucoup à faire pour pérenniser son modèle original de gouvernance privée. Pour la supervision, aucune structure existante n'est bien adaptée : afin de sauvegarder l'intégration financière internationale, il faudra sans doute créer des institutions nouvelles. Qu'on le veuille ou non, Barack Obama et le Congrès américain sont seuls à pouvoir catalyser les débats correspondants pour le reste de la planète. Les Européens, de leur côté, devront parvenir à mieux surmonter leurs propres divisions pour pouvoir jouer un rôle constructif. Le succès n'est pas garanti.

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Pour ce qui est de la confiance, je pense que les vrais pouvoirs et responsabilités étant maintenant connus grace à cette crise, il vaudrait mieux ne plus en faire un objectif.
D'ailleurs, vous semblez conditionner cette confiance à un meilleur contrôle. Et un contrôle mondial semble exclu, vu les vues opposées des états.
Je m'étonne aussi que vous ayez écarté la montée de protectionnisme en cours aux US...
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
UN Tribunal Penal International, voila ce qui est urgent pour juger les banquiers, par banquiers, il faut entendre les sphères des directions opérationnelles des banques, et surtout, les CONSEILS d'DAMINISTRATIONS qui tirent les ficelles en se cachant, mais en fait cesont eux qui manipulé les produits toxiques, qui les ont frealtés et recyclés auprès de leurs clients.

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