Attention à la bulle écologiste

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La "victoire" des Verts aux élections européennes va exercer une influence importante sur la politique française des prochaines années. Dans son discours devant le Congrès, aujourd'hui, le chef de l'Etat devrait donner une nouvelle impulsion à la croissance verte. Prenons garde à équilibrer l'écologisme ambiant pour ne pas tomber dans des surenchères néfastes pour l'économie, prévient Dominique Guarrigues, président de l'Institut européen pour la gestion raisonnée de l'environnement.

Les élections européennes ont révélé une mutation de l'opinion publique française : pour une bonne proportion des votants, le socialisme a fait son temps et l'écologisme, à son tour, détient les clés de l'avenir. Pourquoi pas ?

Nous savons que l'explication de la motivation populaire en faveur de l'environnement est fondée sur une logique simple : les sociétés pauvres n'y prêtent guère attention, elles ont d'autres soucis ; à l'inverse, les sociétés riches ont résolu les principaux problèmes de la vie quotidienne, elles ont le loisir et les moyens de s'occuper de l'environnement et de l'écologie.

Dans nos pays riches, de puissantes associations de défense de l'environnement se développent et agissent activement. Les entrepreneurs créateurs de richesses et autres innovateurs qui ont ?uvré à notre développement économique depuis deux siècles les regardent avec satisfaction, comme porteurs de l'évolution normale et attendue de l'esprit public, à laquelle ils ont contribué eux-mêmes en rendant possible leur émergence.

Donc tout va bien, tout le monde est content ? Pour les pays développés, la réponse est globalement oui, mais apportons tout de même un bémol, au risque de jouer les trouble-fêtes : l'action des écologistes militants est bonne et positive et les décisions publiques qui s'ensuivent sont appropriées, mais il ne faut pas tomber dans l'excès (c'est banal, certes). Notamment, il faut maintenir une bonne petite dose de rationalité économique. Faute de quoi, le risque est d'enclencher des processus de retour vers l'appauvrissement, qui nous feraient revenir à des situations sociales révolues nuisibles pour tous, y compris pour les écologistes.

Quand on voit l'Union européenne, modèle du monde, s'engager dans l'enthousiasme général à dépenser 100 milliards d'euros par an pour lutter contre le risque climatique, cela ne laisse pas de susciter une certaine perplexité devant l'écologisme triomphant.

L'éminent climatologue Edouard Bard avait vu cela. Après avoir été vice-président du groupe de travail numéro un du Grenelle de l'environnement, il constatait : "je m'attendais à des passes d'armes entre les représentants des entreprises et ceux des ONG. Mais les plus virulentes ont opposé les syndicats et les ONG. Car si l'on prend des mesures trop contraignantes financièrement, elles ont des répercussions sur l'outil industriel, et donc menacent les emplois."

Ceci nous permet de remarquer au passage que les syndicats ne mettent pas beaucoup de leurs inquiétudes écologiques sur la place publique. Peut-être pas assez ?

La CGT s'était exprimée comme suit lors d'un entretien avec Jean-Louis Borloo (22 septembre 2008) : "nous butons sur le contenu social de la transition vers une économie durable ; il n'est pas question que les salariés et l'emploi paient les frais de cette évolution." Et les "emplois verts" ne doivent pas servir de miroir aux alouettes dans cette affaire : les Ateliers nationaux de 1848 ont confirmé que tout emploi non économiquement justifié appauvrit la société plutôt que l'enrichit?

Peut-être faut-il continuer le parallèle avec le sort des socialistes, pour mieux voir la dynamique des interrelations entre tendances politiques. Les socialistes, depuis toujours, se heurtaient aux conservateurs et autres libéraux, peu importe leur appellation, qui critiquaient leurs thèses et proposaient un autre modèle. Cela permettait de trouver un point milieu, ou en tout cas d'identifier les positions les plus extrémistes et mal justifiées.

Or, de nos jours, personne ne tient ferme devant les écologistes pour contenir leur influence intellectuelle, pour rappeler que d'autres approches sont possibles, pour jouer ce rôle d'arc-boutant qui permet d'aboutir à des synthèses pas trop déséquilibrées. La droite au pouvoir, qui n'était pas Verte a priori, ne mène pas une politique moins écolo que les Verts quand ceux-ci sont au pouvoir (sauf sur le nucléaire probablement). Jacques Chirac se voulait le champion mondial de la "planète qui brûle" et son successeur, Nicolas Sarkozy, ne lui cède quasiment en rien. Il n'y a pas de majorité et d'opposition sur ces thèmes. Si tout le monde pousse dans le même sens, la porte est ouverte à tous les débordements, à toutes les surenchères. N'oublions pas que notre époque est celle des bulles, notamment grâce à Internet. Et le gonflement de la bulle verte est à son comble?

Nous n'appelons pas ici à la constitution d'une opposition politique aux thèses écologiques : qui serait contre la préservation du crapaud-buffle ou contre la prudence dans le maniement de l'amiante ? Nous demandons seulement que l'économie soit prise en compte, en tant qu'excellent outil pour résoudre les problèmes de l'environnement et les risques sanitaires avec sérieux et équilibre. Les calculs coûts-bénéfices sont indispensables, il faut internaliser les externalités à condition de faire des évaluations raisonnables des risques, en ampleur et en timing, et n'utiliser le principe de précaution que très précautionneusement. Le vrai bon principe maintenant est Alara ("as low as reasonably achievable", aussi bas que raisonnablement possible), dommage qu'il ne soit pas dans la Constitution ! Ecolos raisonnables de tous les pays, unissez-vous !

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a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
C'est une longue suite de clichés aussi faux les uns que les autres. L'écologie serait réservée aux pays riches (?), l'écologie s'oppose au social (?), l'écologie coûte cher (?); les écologiste n'ont pas pensé à l'économie (?).
Quand les écologistes ont parlé "d'externalités négatives", il me semble qu'ils ont été les premiers a avoir une vision économique réelle de l'environnement, et même de l'économie en tant que telle, mais sortie de la vision court-termiste qui caractérise les plupart des économistes conventionnels ainsi que les spécialistes de la micro-économie.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Si vous vous promenez dans les allées des grands libraires, vous remarquerez que les livres écrits par les écolos sont classés au rayon "sciences". Ca fait froid dans le dos....
Bientôt les livres sur les religions dans les rayons "sciences" ? Nicolas Hulot est aussi scientifique que je suis archevêque de Canterbury, il est donc incapable d'exercer l'esprit critique nécessaire en la matière.
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Quelques considérations:

1. L'écologie est une science, définie comme "la science qui étudie les milieux et les conditions d'existence des êtres vivants et les rapports qui s'établissent entre eux et leur environnement, ou plus généralement avec la nature". Les livres d'écologie ont donc bel et bien leur place dans le rayon des sciences. Malheureusement on utilise dans le langage courant écologie dans le sens d'environnement, ce qui cause bien des confusions.

2. Il est plutôt surprenant de voir dans l'article qu'il semblerait que l'"écologie" ait gagné en éclipsant totalement l'économie. Je n'ai pas encore vue de gouvernements proscrire la consommation de viande ou l'utilisation d'essence comme source d'énergie. Les considérations économiques sont bien présentes, et les lobbys des industries sont bien suffisamment puissants et présents pour que les gouvernements n'oublient pas leur importance. La démagogie et la présence des environnementalistes répondent certainement à la démagogie et la présence des industriels et autres syndicats. L'équilibre n'a pas été rompue avec le vote environnementaliste, au contraire il a enfin été trouvé.

3. Peut-on vraiment utilise les Ateliers nationaux de 1848 pour argumenter sur l'économie de 2009? N'y a-t-il pas des exemples un peu moins poussiéreux et plus appropriés pour défendre votre pensée?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Il me semble que les gouvernements comptent beaucoup sur l'écologie pour faire redémarrer l'économie : de nouvelles voitures qui ne polluent pas et hop, le tour est joué et l'industrie automobile repart !
Bien sûr, investir dans une industrie plus écologique est normal (et indispensable) Toutefois il ne faut pas oublier qu'il faut avoir des clients solvables pour acheter les bien produits et... c'est la que le problème se corse, qui aura les moyens financiers pour acheter ces biens de consommations moins polluants ?
a écrit le 09/10/2009 à 13:41 :
Nucleaire = Dépassé !! Cherchez sur le Web : Projet Desertec : une centrale solaire gigantesque dans le désert africain pour alimenter l?Europe ! Les Allemands vont se lancer dans la construction d'une centrale à eau chaude solaire (vapeur) pour alimenter l'Europe. Alors, les projets d'EPR et autres mégajoules sont ils encore d'actualité..??.. sera il difficile pour la France d'infléchir sa voie choisie avec son lot de déchets radioactifs plutot que de s'orienter vers la production avec pollution ZERO ??? en plus, la vapeur c'est au point et ca marche depuis... Denis Papin en 1679 !!

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