La prière des banquiers à saint Igor

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Par Pierre-Angel Gay, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Les banquiers ont un nouveau saint patron. On leur connaissait jusqu'ici saint Matthieu et saint Michel archange. Mais depuis samedi, on sait aussi que saint Igor veille sur eux. D'Extrême-Orient, de la lointaine ville de Pusan en Corée du Sud, est venue la bonne nouvelle : les ministres des Finances du G20 y ont enterré le projet de création d'une taxe bancaire mondiale.

Les représentants du Canada, de l'Australie et des principaux pays émergents, Inde et Brésil en tête, dont les établissements financiers n'avaient pas cédé aux sirènes des "subprimes" ou des actifs toxiques, s'y sont opposés jusqu'au bout. Du coup, ministres et banquiers centraux se sont repliés sur le principe du chacun pour soi. Il reviendra aux banques sauvées de la faillite par les pouvoirs publics de rembourser par une "contribution juste et significative" le coût de leur sauvetage.

C'est ce que prévoyaient de faire les Etats-Unis, où Barack Obama veut contraindre les banquiers arrogants de Wall Street à indemniser jusqu'au dernier "cent" les contribuables de Main Street. Mais en Europe, où les propositions de Bruxelles en la matière étaient déjà loin de faire l'unanimité, la reculade du G20 complique singulièrement la donne. Elle y réveille l'opposition des Etats membres qui n'avaient admis la création d'une taxe que du bout des lèvres.

Dès dimanche, le Premier ministre luxembourgeois estimait que, si taxe bancaire il devait y avoir, elle devrait être mondiale. Autrement dit, celui qui est aussi le président de l'Eurogroupe n'en veut pas. Le renoncement du G20 pourrait aussi raviver les clivages entre Etats européens favorables au projet. Londres et Berlin, qui ont déboursé chacun des dizaines de milliards d'euros pour sauver leur système financier, peuvent se retrouver dans les conclusions de Pusan. Mais les banquiers français auront beau jeu de rappeler que le plan de sauvetage bancaire mis en place à Paris n'a rien coûté. Qu'il a même rapporté 2,3 milliards d'euros au budget de l'Etat. Qu'il serait donc infondé de leur faire payer la faillite des autres. Comment leur donner tort ? Saint Igor, encore un effort !

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