Internet, outil privilégié de sortie de crise

Par Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l'institut Thomas More.
(Crédits : dr)

La crise ébranle bien des certitudes : la confiance dans les marchés puis, avec la crise de la dette, dans l'Etat qui parut un temps sauveur. En réaction, elle marque aussi, chez beaucoup de Français, une volonté de reprendre le contrôle de leur existence et de réagir aux menaces sur leur pouvoir d'achat ou leur emploi. La tendance préexistait, bien sûr, mais la crise accélère ce changement, aidée par l'évolution des lois et des technologies.

Le consommateur se veut désormais acteur de sa consommation, non sujet passif de celle-ci. Marqué par l'érosion réelle ou fantasmée de son pouvoir d'achat, il recherche "l'achat malin", le moindre coût. A la faveur de la crise, ce comportement longtemps tabou est devenu légitime, voire valorisant, jusqu'à devenir un slogan assumé : "devenez radins !" Confronté aux limites d'un système consumériste jugé écologiquement insoutenable et facteur de crise, le nouveau "consom'acteur" cherche aussi à donner un sens à sa consommation. Les deux démarches sont d'ailleurs souvent complémentaires, comme la revente d'un objet plutôt que sa mise au rebut.

Des obstacles pratiques - accès aux seuls commerces proches, manque d'informations, etc... - freinaient ces évolutions, préexistantes. Les nouvelles technologies apportent les outils qui manquaient. Les forums et comparateurs amènent un surcroît d'informations ; l'explosion de la vente en ligne, l'accès à une offre plus vaste et diversifiée ; l'amélioration des techniques, la sécurité manquant aux débuts de l'e-commerce. Ce succès se traduit dans les chiffres : au premier trimestre 2010, le commerce en ligne a progressé de 30% par rapport à l'an passé et touche désormais 25 millions de consommateurs en France, et plus de 70% des internautes. Vrai antidote à la morosité, Internet a sauvé la consommation de bien des ménages !

Cette volonté d'être acteur de sa vie se retrouve dans le rapport au travail des Français. Confrontés à une menace sur leur emploi et leur pouvoir d'achat, beaucoup ont décidé de ne plus être passifs et, plutôt que d'attendre un emploi, de construire leur propre activité ou de se constituer un complément de revenus. En attestent les nombreux particuliers qui achètent et vendent sur les plates-formes comme PriceMinister ou eBay où les 40% des professionnels de ce dernier ont lancé leur activité en ligne pour en faire leur principale source de revenus soit après avoir quitté leur emploi, soit après une période de chômage. Mais le mouvement est plus profond avec le développement de véritables activités, principales ou secondaires, qui dépassent le simple complément de revenus et germent depuis le début de la crise.

Là aussi, des contraintes juridiques - difficultés administratives, risques personnels, charges à payer dès la création, etc... - bridaient la volonté d'entreprendre. La création du statut de l'auto-entrepreneur - formalités réduites, charges limitées - a constitué à cet égard une révolution. Dès la fin 2010, 444.000 Français avaient sauté le pas, et si une moitié d'entre eux ne déclarent pas encore de chiffre d'affaires, leur seul afflux prouve qu'il s'agissait d'une attente véritable. Parmi eux, 40% n'ont pas d'autres activités, pour 29%, elle constitue la principale source de revenus. La création de l'entreprise individuelle à responsabilité limitée (EIRL) lève, avec la responsabilité sur biens propres de l'entrepreneur, un important frein psychologique et complète le dispositif.

Internet est l'autre levier de ces créations. Il peut être l'objet de l'activité elle-même - "web designer", commerce en ligne, etc... - ou apporter aux nouveaux entrepreneurs la visibilité ou l'accès au marché qui pouvait faire défaut. Ainsi, 26% des professionnels sur eBay habitent à la campagne, où la création d'un commerce peut relever de la gageure et 20% de ces professionnels qui ont un commerce physique n'ont pu le maintenir que grâce à leur activité en ligne. Il peut enfin, simplement, apporter la souplesse manquante à l'activité, en permettant le travail à distance ou à domicile. Le phénomène des "mompreneurs" - à la fois maman et entrepreneur - en est la parfaite illustration. Au nombre de 10.000 environ, ces femmes concilient vie de famille et activités professionnelles, pour la plupart en auto-entrepreneur et sur Internet.

La crise a révélé chez nombre de Français, à rebours des clichés, une volonté de prendre leur vie en main. La loi et les nouvelles technologies leur en donnent les moyens.

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