Méfiez-vous des Français

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Par Eric Albert, correspondant de La Tribune à Londres.

Nicolas Sarkozy en avait mis une couche voilà presque trois ans lors d'un discours devant le Parlement britannique ; François Fillon a recommencé la semaine dernière lors d'un discours à la City. Chaque fois qu'ils passent à Londres, les deux leaders français promettent qu'ils aiment le capitalisme, que la City n'est pas leur ennemi, que la finance est nécessaire et utile... Ils cherchent à se présenter en tant qu'amis de la place financière, à montrer patte blanche. Et, chaque fois, le scepticisme de la City est total.

"Monsieur Fillon, ne craignez-vous pas que la nouvelle réglementation, notamment européenne, ne fasse fuir les financiers hors d'Europe ?", a lancé un financier au Premier ministre la semaine dernière après son discours. Après une réponse qui se voulait rassurante ("On ne doit pas être naïfs et mettre en place des règles trop contraignantes par rapport aux autres."), un autre spectateur est revenu à la charge, de peur que l'Europe, sous l'impulsion de la France, n'étouffe la City. Puis un troisième, se demandant si vraiment, trop de réglementation ne tuait pas la réglementation...

Toutes ces questions reflètent une profonde méfiance de la City à l'égard de la France. Chaque banquier, chaque trader vous l'assure volontiers : l'art de vivre made in France est savoureux mais les Français sont des empêcheurs de tourner en rond. Avec une certitude bien ancrée dans les esprits : la France et accessoirement l'Allemagne cherchent à étouffer la City à leur profit. Mieux, les régulateurs français ne comprennent rien à la finance et surtout aux conséquences des décisions qu'ils prennent. De toute façon, la religion est faite : l'Europe constitue la principale menace qui pèse sur la City.

Aussi, quand Michel Barnier a été nommé commissaire européen en charge des affaires financières, un vent de panique a soufflé sur la City. Le très eurosceptique "Daily Telegraph" titrait alors "Michel Barnier, l'homme le plus dangereux d'Europe ?" Et quand ce dernier est venu se présenter à la commission parlementaire britannique au Trésor, il a eu le droit à un interrogatoire en bonne et due forme. "Pourquoi voulez-vous encadrer les hedge funds, le private equity, les dérivés et le courtage à haute fréquence si ces choses ne sont pas à l'origine de la crise ?, attaquait Michael Fallon, un député conservateur. Pourquoi donc, si ce n'est pour mettre à mal le marché britannique ?"

Que la City se méfie systématiquement de la France est-il vraiment un problème ? Après tout, il est logique que le principal centre financier européen réagisse mal à des propositions pour mieux l'encadrer. Mais cette méfiance rend le dialogue très difficile. Pourtant, même les Britanniques changent d'opinion. Naguère hostile à toute restriction sur les OPA, l'opinion apparaît plus mesurée sur la question après l'opération de Kraft sur Cadbury. Et les autorités britanniques reconnaissent que le secteur financier doit être plus encadré, notamment la finance parallèle. Elles le reconnaissent... mais du bout des lèvres.

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