La Grèce s'en sortira-t-elle ?
Dani Rodrik
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Grâce à une aide financière supplémentaire, la Grèce a gagné un peu de temps, mais le pays n'est pas pour autant tiré d'affaire. Il reste à voir si les mesures d'austérité draconiennes proposées par le gouvernement Papandréou seront acceptables et viables au plan politique. L'histoire permet d'en douter. Dans une démocratie, lorsque les exigences des marchés financiers et des créanciers étrangers s'opposent à celles des travailleurs, des retraités et de la classe moyenne d'un pays, ce sont en général ces derniers qui l'emportent.
L'abandon par la Grande-Bretagne de l'étalon or en 1931 reste un événement qui fait date. Après avoir commis l'erreur de rétablir la parité avec l'or, une décision qui sapera totalement la compétitivité de son économie, le pays dut faire face à des années de déflation et de chômage galopant. Ce n'était pas la première fois que la probité financière faisait souffrir l'économie réelle sous le despotisme de l'étalon or. La différence était cette fois-ci que la Grande-Bretagne était devenue une société plus démocratique : la classe ouvrière s'était syndiquée, le nombre de personnes ayant le droit de vote avait quadruplé depuis la Première Guerre mondiale, les médias rendaient compte des difficultés économiques des citoyens ordinaires et un mouvement socialiste était sur le point de voir le jour.
Malgré leurs inclinations, les banquiers centraux et leurs maîtres politiques comprirent qu'ils ne pouvaient plus se distancer des conséquences de la récession et du taux de chômage élevé. De manière plus importante, les investisseurs le comprirent aussi. Dès lors que les marchés financiers mettent en doute la crédibilité de l'engagement d'un gouvernement envers un taux de change fixe, ils deviennent source d'instabilité. Au moindre signe de détérioration de la situation, les investisseurs et les épargnants récupèrent leurs fonds et font sortir leurs capitaux du pays, précipitant la dévaluation de la monnaie.
Dani Rodrik