Grèce : redonner le primat au politique
Olivier Lecomte
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L'incapacité des leaders européens actuels à résoudre la crise grecque depuis dix-huit mois évoque irrésistiblement un propos de Maurice Druon : "Les tragédies de l'Histoire révèlent les grands hommes, mais ce sont les médiocres qui provoquent les tragédies."
Celles qu'a connues l'Europe au XXème siècle ont conduit les grands hommes de l'époque à rapprocher les ennemis d'hier et à engager avec opiniâtreté la construction d'une grande zone pacifiée, unie économiquement et politiquement.
Un acte non seulement historique après des siècles de conflits, mais aussi visionnaire, puisque aujourd'hui, c'est cette Union qui pourra permettre à l'Europe de peser encore sur la marche du monde, face à des géants qui comptent plusieurs centaines de millions d'âmes. A cet égard, l'euro est d'abord une création politique, s'inscrivant dans le long terme. Elle devait être suivie d'autres évolutions institutionnelles et économiques comme la convergence budgétaire.
Malheureusement, ces grands hommes disparus, leurs successeurs, oublieux du passé et négligents de l'avenir, n'eurent ni le courage ni la foi de poursuivre la tâche et de convaincre leurs électeurs de l'utilité de la chose.
Rien d'étonnant dans une époque où la pensée politique a fini par succomber au pouvoir économique et au matérialisme. La crise grecque aurait pu, avec de la volonté et le souvenir de notre destin commun, être traitée rapidement. Malheureusement, faisant suite à 2008, venant bousculer une Union européenne déjà mal en point, elle a paralysé les gouvernements, tentés de traiter a minima pour ne pas indisposer l'électeur (surtout allemand). Tétanisée, Angela Merkel n'a pas pu ou su trouver les mots qu'un homme comme Helmut Kohl aurait peut-être prononcés pour expliquer à sa population combien l'intérêt à long terme de l'Allemagne passe encore par l'Union et que les bénéfices qu'elle en tire sont supérieurs au transfert requis pour sauver la Grèce.
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Rappelons, pour illustrer ce que "acte politique" veut dire, qu'au moment de la réunification Kohl décida, contre l'avis d'une Bundesbank vent debout, de fixer la parité entre les deutsche marks de l'Est et de l'Ouest à 1 pour 1, afin de ne pas signifier symboliquement aux "Ossis" - déjà lourdement conscients de leur retard - qu'ils "valaient moins" que leurs concitoyens de l'Ouest.
Olivier Lecomte