La crise grecque peut gagner l'Italie et l'Espagne
Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis
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On ne peut que s'inquiéter de l'avenir des dettes publiques de la zone euro : quel que soit le programme de soutien financier à la Grèce et aux autres pays, le recul de l'activité dans ces pays lié aux politiques budgétaires restrictives leur interdit de réduire leur déficit public ; ceci et les hésitations des Européens accroissent le risque de contagion à de grands pays de la zone euro (Espagne, Italie...). Si de grands pays ne peuvent plus financer leurs déficits publics sur les marchés financiers, les solutions mises en oeuvre aujourd'hui (soutien budgétaire de l'ensemble des pays de la zone euro) ne pourront plus être utilisées, et le seul salut sera la monétisation des dettes publiques, par le FMI, la BCE.
Le programme de soutien à la Grèce, qu'on croyait bouclé, semble en réalité compliqué à mettre au point : la nature de l'implication de prêteurs privés est toujours incertaine (réinvestissement des titres remboursés dans de nouveaux titres émis par la Grèce, ce qui est le plan français ; échange des titres grecs existants contre des titres de maturité plus longue, ce qui est le plan allemand) ; certains pays européens demandent des contreparties plus fortes, même une mise sous tutelle de la politique économique de la Grèce ou une saisie d'une partie du patrimoine de la Grèce ; l'opinion allemande et celle des pays du Nord de la zone euro rejettent complètement l'idée d'aider la Grèce par des transferts de revenus, par du fédéralisme sous quelque forme que ce soit ; la durée et le taux d'intérêt des nouveaux financements sont toujours incertains.
Cette difficulté et ce délai dans la mise au point du programme d'aide à la Grèce sont extrêmement dangereux ; puisque secourir un petit pays est aussi compliqué et conflictuel, l'Europe serait tout à fait incapable de venir en aide à un grand pays en difficulté avec ses finances publiques (Espagne, Italie...) ; un raisonnement qui déclenche un mouvement de spéculation non seulement de la part de hedge funds qui opèrent sur le marché des dérivés, mais aussi des investisseurs institutionnels, qui hésitent maintenant à investir en dette espagnole, italienne et même française... Ce qui accroît les taux d'intérêt payés par ces pays.
Patrick Artus, directeur de la recherche économique chez Natixis