Éric Heyer : « Accroître la progressivité des prélèvements »

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Pour le directeur adjoint de l'Observatoire français des conjonctures économiquesr, une politique de relance serait souhaitable, mais elle suppose un accord introuvable de l'ensemble des grands pays industriels.

Avant même la chute de la Bourse, l'économie française était à l'arrêt. Comment l'expliquer ?

Le premier trimestre avait été exceptionnellement bon, un contrecoup a eu lieu au deuxième. L'arrêt de la prime à la casse a fait chuter les ventes de voitures neuves, contribuant largement au recul exceptionnel de la consommation. Ce qui est clair, c'est que le rythme de la croissance est inférieur à 2 %, la tendance de fond est plus proche de 1,5 %.

La situation des marchés va-t-elle encore plomber la conjoncture ?

La chute des marchés boursiers impactera sans doute la consommation américaine ou britannique : les effets de richesse (baisse des dépenses courantes des ménages dont le patrimoine diminue) y sont sensibles. Ils le sont nettement moins en France. L'autre canal de transmission à l'économie réelle de cette crise boursière, c'est l'impact de la chute des valorisations d'entreprise sur leur investissement : quand une entreprise voit sa valeur fondre, elle est de moins en moins apte à négocier un emprunt. En outre, les banques, elles aussi affectées, sont tentées de restreindre le crédit.

Risque-t-on de replonger dans la récession ?

Il faut savoir de quoi l'on parle. La définition usuelle et technique d'une récession, c'est deux trimestres de suite de baisse du PIB. Je ne crois pas que ce cas de figure se présentera dans un avenir proche. Mais cela ne veut pas dire grand-chose. Au fond, une économie sort de la récession quand la production retrouve un niveau supérieur à celui prévalant avant la chute de la conjoncture. Si l'on retient ce critère, nous sommes toujours en récession ! Car le PIB est encore inférieur à son niveau de 2008.

Que devraient faire les gouvernements européens, notamment face à la crise de l'euro ?

Le problème, c'est qu'on a décidé de mettre en oeuvre des politiques économiques dites de sortie de crise, alors que nous sommes toujours en crise ! Ainsi, la BCE a-t-elle relevé ses taux d'intérêt en juillet, tandis que les budgets sont de plus en plus restrictifs. Ce n'est pas comme ça que la croissance va repartir. S'agissant de l'euro, ce qui manque, c'est un plan massif, montrant un soutien indéfectible aux États et au système financier. Il ne faut plus réagir aux mouvements des marchés, mais les devancer.

Et en France ? Quel serait le bon « plan » de Nicolas Sarkozy ?

Si tous les pays occidentaux étaient d'accord pour relancer conjointement ce qui serait la solution idéale, ils pourraient s'abstraire des réactions des marchés, et cesser de vouloir réduire leur déficit public. Mais un seul ne peut l'envisager, isolément : il serait alors immédiatement attaqué. Nicolas Sarkozy est donc contraint de poursuivre la baisse du déficit.

Quel serait le meilleur dosage entre action sur les dépenses et hausses d'impôt, pour limiter l'impact sur la croissance ?

Certaines dépenses peuvent être remises en cause, comme les baisses de charges sur les heures supplémentaires. Au-delà, ce qui est fait sur les niches fiscales paraît assez intelligent. Mais il faudrait sans doute ne pas hésiter à supprimer certaines niches, plutôt que de donner des coups de rabot. Et cela ne suffira sans doute pas. D'autres hausses d'impôt pourraient être nécessaires, pour parvenir à 3 % de déficit public en 2013 ou 2014, dans un contexte de croissance plutôt faible. Un prix Nobel d'économie, Haavelmo, avait démontré que les hausses d'impôt impactaient moins la conjoncture que les baisses de dépenses budgétaires. Si sa théorie n'est plus en vogue, elle n'a pas été invalidée...

Quels impôts faudrait-il augmenter ?

L'impôt sur le revenu, en premier lieu. Sa progressivité est devenue très insuffisante, de sorte que le taux d'impôt est plus élevé pour les ménages en bas de l'échelle que pour ceux en haut. L'impôt sur les sociétés pose le même problème : les grandes entreprises paient moins que les petites.

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