Le modèle coopératif : archaïsme ou modernité ?

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Les coopératives prennent le contre-pied du modèle d'entreprises « financiarisées ». Loin des marchés, elles ont un horizon équivalant à la vie de leurs adhérents. Pour autant, elles s'adaptent aux contraintes actuelles, sachant, sur la base d'une vision stratégique, procéder à des alliances ou acquisitions.

Tout système poussé à l'extrême produit des effets pervers : la financiarisation de l'économie l'illustre de façon spectaculaire. L'essor du capitalisme financier a contribué au développement de l'économie. Mais à quel prix ! Les politiques de réduction des coûts, y compris par des délocalisations, prennent le pas sur la recherche et l'investissement. La volatilité du capital déconnecte l'actionnariat du projet d'entreprise. L'évolution erratique des cours de Bourse expose les entreprises à de violentes déconvenues.

Face à ces excès, un sentiment d'impuissance gagne : les décideurs économiques peinent à sortir d'une logique dans laquelle ils ont prospéré ; nos gouvernants pansent les plaies, mais à quel coût ! Et proposent souvent des remèdes pires que le mal.

Pourtant, des entreprises d'un autre type taillent leur route, sans bruit. Leur succès interpelle : les coopératives pèsent aujourd'hui près de 30 % du commerce de détail français et 40 % de l'industrie agroalimentaire. Et leurs parts de marché ne cessent de croître...

L'organisation coopérative est méconnue. Elle repose sur trois principes : la mutualisation par les coopérateurs de moyens matériels et humains, la solidarité par le partage du savoir-faire, la démocratie d'une gouvernance dont la règle « un homme, une voix » consacre l'égalité dans la prise de décision. Les coopérateurs sont tout sauf des idéalistes : leur forme d'organisation collective est pour eux le meilleur moyen d'assurer leur réussite individuelle. Et par leur implication dans la gestion, leur esprit d'entreprise imprègne le système tout entier.

Certes, tout n'est pas rose. Parce que les sociétaires sont les clients ou fournisseurs de leur groupement, mais aussi leurs actionnaires, la gouvernance des coopératives est complexe. La démocratie directe n'existe pas plus dans les entreprises qu'au niveau politique. L'exercice du pouvoir doit être délégué à quelques-uns auxquels il sera beaucoup demandé.

Il leur faut en effet répondre à des objectifs à première vue contradictoires : satisfaire des besoins individuels et imposer les contraintes d'une gestion collective, se concentrer sur l'opérationnel au jour le jour et développer des politiques de moyen terme, redistribuer à ceux qui les ont générés les excédents de gestion et conserver les moyens de financer la croissance. Cet équilibre subtil est atteint lorsque les administrateurs exercent leur mission dans toutes ses dimensions et lorsque existe avec les dirigeants salariés une relation de confiance réciproque.

Au-delà de cette complexité, les coopératives prennent à bien des égards l'exact contre-pied du modèle « financiarisé » dominant.

La gestion des entreprises est trop souvent guidée par les cours de Bourse au jour le jour ? L'horizon de temps de la coopérative est celui de ses adhérents : une vie entière voire plus quand les générations se succèdent. L'instabilité du capital entraîne de brutaux changements d'actionnaires ? Contrôlées par leurs sociétaires, les coopératives ne sont pas OPAbles. Les délocalisations appauvrissent le tissu économique ? Par leur maillage, les coopérateurs ancrent leur groupement dans les profondeurs du territoire. L'emploi est utilisé comme variable d'ajustement des résultats ? Le développement et l'épanouissement de l'individu sont au coeur du système coopératif. Loin des marchés financiers, les coopératives n'en sont pas moins confrontées à la concurrence de puissants groupes intégrés et certaines font la démonstration qu'il est possible de défendre avec succès ses positions sans se renier.

Sur la base d'une vraie vision stratégique, elles développent leurs activités en amont, en aval ou en complément de leur métier de base, par des acquisitions, des alliances ou la création de filiales gérées par des professionnels de haut niveau dans une optique classique de rentabilité. Mais pour rester fidèles à leur modèle, ces coopératives respectent une double condition : que ces développements bénéficient toujours aux adhérents - la fin justifie les moyens - et que leur gouvernance reste démocratique.

À y bien regarder, le modèle coopératif apporte des réponses alternatives aux excès du capitalisme financier. Les coopératives se sont développées au XIXe siècle en réaction au capitalisme industriel triomphant : et si, en ce début du XXIe siècle, loin d'être archaïques, elles étaient porteuses d'une vraie modernité ?

(*) Antoine de Roffignac a dirigé pendant dix ans un groupe coopératif, leader sur son marché.

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Commentaires
a écrit le 12/10/2011 à 9:03 :
Tout système a ses limites et le don d'un nouveau système est de prendre en compte les anciens pour éclore et se développer. Certes les coopératives ont encore un rôle trés important, mais il ne faudrait pas que dans le futur, voir, dés le présent elles ne jouent le rôle des pmi où pme qui travaillent au profit de grandes multinationales.

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