La fin d'un rêve, le début d'un autre

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Par François Roche, conseiller éditorial.

La réalité a rattrapé le rêve. L'épreuve, que subit l'Union européenne depuis l'année dernière, signe la fin d'une conception généreuse, voire utopique, d'une Europe qui se serait bâtie sur son besoin de renaissance après la Seconde Guerre mondiale et sur la volonté de construire un ensemble solide, solidaire, cohérent, embrassant les terres comprises entre l'Atlantique et l'Oural, le Cercle polaire et l'Anatolie. Les derniers événements signent le coup de grâce de cette vision-là de l'Europe, qui ne s'est d'ailleurs jamais réellement concrétisée. Que nous enseigne en effet la crise de l'euro ? D'abord, que l'outil, la monnaie unique, est devenu la structure de base de l'Union. Il n'en existe pas d'autres qui soient aussi décisifs, qu'il s'agisse de politique étrangère ou d'harmonisation sociale. L'Europe de l'euro est devenue l'Europe tout court. Il est probable en effet que l'Union des pays membres de la zone euro sortira de la crise grecque avec des mécanismes de gouvernance renouvelés, une autorité centrale plus affirmée, un arsenal de dispositifs de surveillance des politiques fiscales de ses membres beaucoup plus affûté, et que cette nouvelle donne va produire, une fois la crise passée, davantage de stabilité, de cohésion et de convergence. Si les petits cochons ne la mangent pas, cette future union monétaire de l'euro sera la plus « gouvernée » du monde et sera donc de nature à rassurer les grands détenteurs d'euros que sont les États-Unis et la Chine.

Et les pays non membres de la zone euro ? Plus cela ira, plus leur statut sera difficile à tenir. Certains ont vocation à entrer dans la zone, mais leurs comptes seront examinés à la loupe, d'autres ne veulent toujours pas y adhérer et bénéficient de clauses d'exemptions à géographie variable, comme la Grande-Bretagne ou la Suède. Tout cela forme un ensemble hétéroclite, sans grands projets communs, excepté peut-être pour les pays d'Europe centrale comme la Pologne, la Hongrie ou la République tchèque, encore qu'ils semblent plus intéressés par leur appartenance à l'Otan qu'à l'Union européenne.

Qu'on le veuille ou non, et même dans la crise actuelle, l'euro est un puissant agrégateur. Depuis son lancement, il a permis l'édification d'un socle de valeurs communes qui, même si elles ne s'expriment pas avec la même intensité partout, n'en construisent pas moins un univers économique différent des autres. Surtout, si le sommet de mercredi tient ses promesses, la zone euro aura réussi à calmer la plus grave crise de sa jeune existence et à provoquer, dans la douleur certes, une prise de conscience que tout retour en arrière serait bien pire que le problème qu'il serait censé résoudre. L'Europe sortira donc de l'épisode grec dans un état très différent de celui dans lequel elle y est entrée. Et ne serait-ce que pour cette raison, une remise à plat de ses institutions est plus que jamais nécessaire. froche@latribune.fr.

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