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Pourquoi le message Trump séduit les Américains

Photo de Sébastien Laye

Sebastien Laye

Publié le 04 août 2015 à 09:41 - Mis à jour le 04 août 2015 à 10:29

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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De moins en moins farce, la candidature de Donald Trump aux élections américaines l'année prochaine commence à convaincre outre-Atlantique. Explications.

A lire la presse française ces derniers jours, concentrée sur certaines déclarations lapidaires et volontairement provocatrices de l'homme d'affaires, la candidature de Donald Trump à la primaire républicaine pour la présidence 2016 relève, au mieux de l'anecdote, au pire, de la menace populiste. Force est de reconnaître par ailleurs, que le même ton prévalait dans les médias américains il y a encore deux mois, à l'instar des concerts ironiques ayant accompagné sa première - putative- tentative en 2012. Mettre en exergue cette candidature au seul titre du folklore populiste américain, ce serait cependant faire fi des nombreuses tendances profondes de la société américaine et de son arène politique.

Si la crise de la démocratie n'est pas liée aux difficultés économiques et sociales comme en Europe de l'ouest, il n'en demeure pas moins que la crise de la représentativité politique est un problème essentiel aux Etats Unis : le charisme d'un Président Obama n'a pas semblé suffisant pour atténuer cette désaffection du citoyen américain pour la Maison Blanche.  Les jalons de cette défiance sont similaires par certains aspects à ce que l'on observe en France.

Une alternative pour une Maison Blanche qui convainc plus

Si l'économie américaine a connu un redressement certain consécutif à la crise financière de 2008, nul n'en crédite véritablement la Maison Blanche, qui semble avoir abandonné à cet égard tout vrai discours de politique économique : la Fed, certaines innovations de rupture, l'ajustement rapide des entreprises, le miracle des pétroles de schiste, l'esprit entrepreneurial, semblent expliquer la résistance de l'économie américaine pour l'électeur moyen. Dans ce contexte, si le rôle du Politique est d'accompagner les entrepreneurs, et si les entrepreneurs sont loués par le discours politique, pourquoi ne pas placer un entrepreneur à la Maison Blanche ? Ce discours n'est pas entièrement nouveau : Michael Bloomberg, Arnold Schwarzenegger, qui des années durant avaient été cites en exemple pour leur implication civique par des élus new yorkais ou californiens, ont fini par franchir le Rubicon entre les affaires et la politique et à s'imposer.

De même, un Reagan ou un Bush fils (qui n'hésitait pas à mentionner ses fugaces incursions dans le pétrole ou le baseball) aimaient a se présenter comme des entrepreneurs ayant dérivé sur le tard vers l'arène politique... Donald Trump promet une présidence plus proche des réalités économiques qu'il connait de première main, et aucun candidat ne parvient vraiment à le contrecarrer sur ce point. S'il devait être le candidat final idoine, il est évident qu'Hillary Clinton aura du mal à le dominer sur le débat des réalités économiques... (même si l'homme est loin d'être un théoricien de l'économie ou un macro-économiste comme Strauss Kahn en France en son temps par exemple...). Le citoyen américain voit l'Etat fédéral comme un Léviathan-Entreprise croulant sous les dysfonctionnements : qui mieux qu'un chef d'entreprise saurait le reformer ?


Un homme d'expérience, loin de la classe politique

Comme expliqué récemment par la politologue canadienne Rachel Marsen[1], l'expérience internationale de Donald Trump représente un atout considérable dans un monde complexe et fait de nouvelles alliances. Certes, l'homme est loin d'être un expert en relations diplomatiques, mais il a voyagé de par le monde, noué des partenariats en Asie, au Moyen Orient, vendu ses shows télévisuels et son nom sur les cinq continents. Si le Président Obama, de par son enfance partiellement à l'étranger et son métissage de naissance, a pu laisser une lueur d'espoir lors de son arrivée au pouvoir, la pratique a révélé un homme qui comme François Hollande, n'a pratiquement jamais voyagé à l'âge adulte, ne maitrise pas les langues étrangères et dont la vision du reste du monde est purement théorique et idéologique (au moment de son entrée a l'Elysée).

La troisième leçon de l'ascension politique d'un Donald Trump nous rappelle une donnée constante de la vie politique américaine qui commence à émerger en France : le besoin régulier de changement et surtout d'avènement de chefs d'Etat non issus du sérail. A cet égard, le mythe si prégnant aux Etats Unis d'un pays ou un homme neuf, sans expérience, peut arriver au sommet de l'échelle sociale, promet d'être battu en brèche par l'affiche quasi imposée proposée aux Américains en 2016 : un énième rejeton de la dynastie Bush face à l'épouse d'un ancien Président. Une nouvelle version des Horaces et des Curiaces avec les Bush et les Clinton. Toute ressemblance avec de possibles affrontements en France en 2017 (Juppé/Hollande ou Sarkozy/Hollande) est loin ici d'être fortuite. Les Américains ont besoin d'un troisième homme afin de sublimer cet affrontement inepte à leurs yeux. Quitte d'ailleurs, à accepter une bonne dose de populisme de la part de ce candidat, qu'il soit in fine le candidat républicain ou un candidat indépendant (un scénario qu'il ne convient pas d'exclure à ce stade).

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Un populisme fatal ?

Cette dernière remarque a révélé aussi les limites du message Trump ; pour exister sur la scène politique, au lieu d'affiner son programme ou d'établir sa stature, Trump n'a pas d'autre choix que de sortir des sentiers battus et de provoquer, d'où ses déclarations sur l'immigration ou l'Iran. A dire le vrai, aussi choquantes qu'elles soient vus de certains milieux en France, ces positions correspondent à une possible majorité aux Etats Unis, et elles contribuent à la nouvelle popularité du candidat ; elles lui attirent aussi les foudres des factions plus réalistes au sein du camp des Républicains, comme en témoigne l'omerta dont il est victime de la part des richissimes frères Koch par exemple, pourtant déterminés depuis cinq ans à faire élire un président conservateur. On peut regretter que Donal Trump ne choisisse pas, le populisme certes, mais un populisme « au sein du cercle de la raison » comme aurait pu le dire Alain Minc, un populisme réaliste. Car les résultats obtenus par les entrepreneurs devenus responsables politiques aux Etats Unis sont prometteurs : le bilan de Bloomberg comme Maire de New York est unanimement reconnu, tout comme celui de Mitt Romney, Bob Corker, Mark Warner, Ross Perot, Schwarzenegger en Californie, et avant eux Reagan et bien sur le premier entrepreneur-intellectuel-homme politique américain, Benjamin Franklin.

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En germe dans la candidature Trump et ses excès, nous retrouvons un risque que nous connaissons bien en France, le syndrome Tapie, celui de velléités politiques populistes et démagogiques sans aucune chance d'aboutir, une sorte de télé-réalité politique à grande échelle. Mais ce syndrome la n'est pas une raison pour exclure de facto une candidature de type entrepreneuriale : les Français auraient torts de ne pas observer cette tendance systémique aux Etats Unis, eux qui cherchent- désespérément- à renouveler leur classe- caste ?- politique.

[1] Rachel Marsen. Tribune Content Agency. 31 Juillet 2015. « President Trump is an idea whose time has come

Sebastien Laye

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