Le dernier ressort des banques centrales

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Par Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune.

Quelle est la vraie nature de la crise de la zone euro ? A vrai dire, bien peu d'économistes ont jusqu'à présent apporté de réponse convaincante à cette question centrale, dont découle la bonne réponse au problème posé. Pour les uns, la crise de 2011 est une réplique de celle de 2008, celle des crédits subprime. En gros, la finance américaine dérégulée a infecté le monde, surtout l'Europe, avec des titres toxiques. Les Etats ont dû sauver les banques et la crise financière devenant économique, supporter le prix social de la récession. Résultat, un surendettement public massif qui a rendu les dettes souveraines toxiques à leur tour... infectant les banques... qui du coup ont cessé de financer les Etats.

Mettre fin à cette crise de solvabilité dans le cadre actuel de l'euro n'est pas aisé, car aucun pays ne se sent solidaire des autres. Il n'y a pas d'union des transferts. Dés lors, seule une discipline financière de fer, une sorte de règle d'or budgétaire imposée à tous, est de nature à rassurer les investisseurs. C'est cela qui se jouera au sommet de Bruxelles des 8 et 9 décembre, et dont Nicolas Sarkozy donnera, ce soir dans son discours de Toulon 2, un avant-goût des conséquences politiques : un transfert de la souveraineté budgétaire vers le Bundestag allemand ! Mais il y a une autre lecture possible de la crise européenne. Elle résulte surtout du déséquilibre massif des balances de paiements, entre un sud sous-compétitif et un nord sur-compétitif. Le rééquilibrage est alors une question de règlage de la politique monétaire.

Ce qu'il faudrait, comme l'expliquait récemment à La Tribune Jean Pisani-Ferry, directeur du think-tank européen Bruegel, c'est inverser, durablement, la héirarchie des taux d'inflation entre le nord et le sud. En gros, l'Allemagne, et ses satellites économiques, doit maintenant augmenter ses salaires, après les avoir comprimés, consommer plus et accepter un peu plus d'inflation que les autres. C'est là qu'intervient le vrai rôle des banques centrales. Elles ne peuvent pas se contenter d'éteindre l'incendie en attendant que cela passe. La nouvelle intervention concertée des six principales banques centrales du monde, ce mercredi, pour enrayer la crise de liquidité qui frappe le système financier est certainement salutaire.

Mais il ne s'agit que d'un cautère sur une jambe de bois. Ce que l'on attend de la Banque centrale européenne, c'est bien plus qu'un sauvetage d'urgence. Il ne s'agit pas de lui demander de financer les Etats laxistes en émettant de la monnaie, ce qui serait à coup sûr très dangereux et contre-productif, car cela ne les inciterait pas à être mieux gérés. Mais d'empêcher l'écroulement du système financier par un krach des dettes souveraines. Contrairement à ce que prétend Angela Merkel, il n'y a aucun effet pédagogique à laisser les marchés faire poser un genou à terre à des pays déjà plongés dans une sévère récession. C'est pour éviter la récession qu'en dernier ressort, il est urgent que la BCE intervienne, en rachetant les dettes sous-cotées et en baissant vraiment ses taux d'intérêt, comme le fait avec succès la Réserve fédérale américaine ou la Banque d'Angleterre.

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Commentaires
a écrit le 02/12/2011 à 16:12 :
Accepter un peu d'inflation dans la zone euro ne ferait pas de mal pour relancer l'économie atone depuis plusieurs mois...Que risque-t-on ? Pas grand chose , et en tout cas, il faut maintenant avoir le courage de prendre quelques mesures "risquées" tant la crise est profonde et durable!!!

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