Florange : Mittal prend le thé à l'Elysée

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Lakshmi Mittal est donc un habitué de l'Elysée. Le 29 février dernier, il y avait déjà rencontré un Nicolas Sarkozy devenu depuis quelques jours davantage candidat que président. Le débat sur la désindustrialisation de la France battait son plein, impossible donc pour le pouvoir en place de laisser ce dossier pourrir sa campagne: on avait déjà réussi à convaincre PSA de mettre en veilleuse le projet de fermeture d'Aulnay, on n'allait pas se faire humilier par un milliardaire indien. Un accord fumeux permettra le lendemain à Nicolas Sarkozy de claironner un redémarrage des hauts fourneaux pour le second semestre. On sait ce qu'il en a été.
Qu'espérer de la nouvelle visite rendue hier par Mittal au nouveau président? Les plus lucides répondront "rien", les moins pessimistes pas "grand-chose". Certes, François Hollande s'était rendu avant les élections sur le site pour assurer les 2500 salariés de son soutien. Soit. Mais, depuis, il est devenu président, et mesure chaque jour la difficulté à résoudre l'impossible. C'est bien de cela dont il s'agit. Qui peut imaginer sérieusement relancer une production d'acier compétitive en France avec un investissement important à la clef dans une conjoncture aussi déprimée? Qui peut croire que l'on va forcer la main à une multinationale étrangère alors que l'on a cédé -on ne peut pas dire autrement les choses- à un groupe français, PSA?
François Hollande a la réponse. Comme Arnaud Montebourg, son ministre du redressement dépêché hier sur place, qui a clamé qu'une «partie de bras de fer était désormais engagée». Il espère que Mittal va accepter de céder son site. Et après? A qui, pour quoi faire? Le nationaliser comme l'ont demandé les syndicats? Si la direction du groupe sidérurgique annonce lundi prochain qu'il ferme le site, ce qui semble probable, le gouvernement se «tiendra prêt à rechercher un opérateur industriel durable et sérieux». Le problème est que dans ce genre de situation les investissements en appétit le sont rarement, sérieux. On l'a vu dans le dossier Petroplus.
La mort lente de Florange est au moins aussi dramatique que celle d'Aulnay en ce qu'elle signe celle d'une industrie. La valse des hypocrites qui entoure le malade donne un rien la nausée. D'autant que tous les danseurs ont un objectif commun: gagner du temps. Lakshmi Mittal est peut-être déjà dans son avion et doit se dire en bouclant sa ceinture que, décidément, ces Français sont de drôles d'oiseaux. Il oubliera vite. François Hollande devra malheureusement bientôt ajouter une nouvelle croix à son tableau de l'impuissance. En attendant, les 2500 salariés de Florange attendront.
 

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Commentaires
a écrit le 01/10/2012 à 18:34 :
euh le thé c'est du darjeeling ? Non parce que les emplois tout le monde s'en fout, par contre savoir de quel thé il s'agit c'est intéressant
Réponse de le 01/10/2012 à 21:03 :
Cétait du thé Eléphant de l'usine Fralib rachetée 1 euro symbolique à Unilever...
a écrit le 30/09/2012 à 14:40 :
Sauf s'il y avait une volonté politique de garder un pôle sidérurgique, le déclin de cette activité est inexorable. La demande d'acier dans le Monde se contracte, de plus c'est une industrie qui demande des investissements très lourds et qui est très gourmande en énergie, sans compter l'impact environnemental.Mittal n'est pas non plus un philanthrope, il produit là où c'est le plus rentable pour lui.C'est désastreux pour les ouvriers de la sidérurgie, mais la seule réponse est dans la création d'entreprises nouvelles, la formation et la transition énergétique.
a écrit le 28/09/2012 à 15:15 :
La France, ou comment les politiques organisent, depuis des décennies, l'étouffement de l'activité, la fuite des capitaux et autres exils fiscaux. Ou comment les politiques n'ont toujours pas compris que trop de politique, de lois, de règles et règlement c'est juste mauvais pour le business, et bon pour le chômage.
a écrit le 28/09/2012 à 9:19 :
J'aimerai savoir si l'histoire de la sidérurgie française et sa mort annoncée aurait été la même si Arcelor était resté independant il y a quelques années (au lieu de se faire racheter par Mittal) ?
Réponse de le 29/09/2012 à 15:44 :
Probablement. Il y a surproduction mondiale d'acier. Seuls les sites les plus productifs et les plus modernes subsisteront. Il n'est pas bon pour une puissance d'être incapable de produire l'acier nécessaire à la manifestation de sa force. Là se trouvait sans doute une issue (coûteuse) pour Arcelor.
Réponse de le 01/10/2012 à 18:31 :
@ Valdo: Arcelor avait déjà prévu en 2003 la fermeture des hauts fourneaux de Florange pour 2012. An niveau mondial avant l'OPA, Arcelor était le 2ème aciériste (juste derrière Mittal Steel).
Les allemands produisent 3 fois plus d'acier, les italiens 2 fois plus et les espagnols autant que les français.
Sinon, après la maîtrise de l'aluminium (Pechiney) on a perdu la maîtrise de l'acier, ce qui peut être pénalisant pour les matériaux spéciaux (acier, composites) nécessaires à l'aéronautique et à l'automobile
a écrit le 28/09/2012 à 2:13 :
Vu des états unis c'est drôle... Nous on n'hésite pas à remettre un paquet d'argent quand ça va mal. Le site de d'orange pourrait êtres un GM à la française?
a écrit le 27/09/2012 à 23:37 :
Hollande boit la tasse !
Réponse de le 28/09/2012 à 3:02 :
Bon, tant qu'il se contente du thé. Si je me souviens bien, ce sont les biscuits qui coûtaient une fortune du temps de Chirac :-)
a écrit le 27/09/2012 à 23:18 :
La valse des hypocrites qui entoure le malade donne un rien la nausée. D'autant que tous les danseurs ont un objectif commun: gagner du temps. Lakshmi Mittal est peut-être déjà dans son avion et doit se dire en bouclant sa ceinture que, décidément, ces Français sont de drôles d'oiseaux. Il oubliera vite. François Hollande devra malheureusement bientôt ajouter une nouvelle croix à son tableau de l'impuissance.
Merci au Directeur de la rédaction d 'oser dire dans cet article ce que pense la moitié des Français et que je n'ai pas osé dire ce soir à Jean Marc ........pour ne pas être viré du 20h
a écrit le 27/09/2012 à 22:22 :
C'est bien triste, il faut que le Directeur de la Rédaction prenne la plume pour traiter enfin de manière sensée en 400 mots un sujet évident: la France n'est pas compétitive à l'heure actuelle et les politiques sont impuissants. Pour cacher leur impuissance ils s'agitent comme des pantins pour impressionner leurs électeurs, mais ces derniers ne sont pas dupes. Seulement Monsieur Walther, c'est bien de dresser un bilan, mais il faut aller plus loin et proposer des solutions. Malheureusement il n'y a pas qu'une grande solution, mais probablement 100 ou 200 petites solutions qui au cumul permettront de revenir sur le droit chemin qui est celui de l'épargne, de l'investissement, de la réduction des dépenses (et donc malheureusement du nombre de fonctionnaires et autres employés de l'Etat) et en fin de compte des prélèvements obligatoires. Mais le plus important est la continuité des actions de l'Etat : les agents économiques ont horreur de gouvernements qui s'agitent dans tous les sens sans savoir comment boucher le prochain trou et qui demain remettent en question ce qui a été décidé hier. Il faut de la continuité, qui est une condition sine qua non pour instaurer la confiance sans laquelle tout le monde reste fébrile et préfère attendre au lieu d'entreprendre.
Réponse de le 28/09/2012 à 2:09 :
Excellebt édito du reste
Réponse de le 30/09/2012 à 17:50 :

bravo , meme pour moi socialiste depuis 2 ans

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