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Municipales : message reçu cinq sur cinq ?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 27 mars 2014 à 15:45 - Mis à jour le 28 mars 2014 à 10:34

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Après un « 21 avril » municipal au premier tour, François Hollande peut-il encore limiter les dégâts ce dimanche ?

Un sursaut socialiste dimanche ? Rien n'est moins sûr tant le message adressé par les électeurs, avec leur abstention record et leur colère illustrée par la forte montée du Front national qui s'installe au niveau local, est clair. Les Français ont exprimé à ces élections de mi-mandat leur déception à l'égard d'un président devenu le plus impopulaire de la Ve République par son absence de résultats tangibles. Et il est peu probable qu'une semaine de panique au parti socialiste les aura fait changer d'opinion.

François Hollande voulait « enjamber » les élections municipales et attendre les européennes du 25 mai (où une nouvelle défaite électorale est prévisible) pour remanier son gouvernement. Tout indique que le changement d'équipe, avec l'arrivée annoncée de « pros » et de poids lourds dans un gouvernement resserré, aura lieu dès la semaine prochaine. Mais, quelle que soit l'ampleur du remaniement - cet exercice bien français qui fait croire qu'un changement de forme changera quelque chose sur le fond -, il ne fait aucun doute que le cap fixé par le chef de l'État dès l'allocution du 31 décembre dernier, et confirmé lors de la conférence de presse à l'Élysée le 14 janvier, ne changera pas. La France n'a pas les moyens d'une autre politique, à la façon du virage engagé par l'italien Matteo Renzi, qui bénéficie des efforts budgétaires de ses prédécesseurs .

La question n'est donc pas tant de savoir si c'est Jean-Marc Ayrault ou un (e) autre qui portera politiquement devant les députés de la majorité le pacte de responsabilité, mais plutôt si François Hollande, l'auteur de ce virage social-démocrate, est prêt à l'assumer jusqu'au bout.

Le paradoxe veut que la sanction électorale subie par le pouvoir survienne au moment même où les vents contraires sont, lentement, en train de redevenir plus favorables en France. Le climat des affaires, la confiance des ménages sont en train de s'améliorer, laissant présager une reprise. Certes, celle-ci sera modeste, et la nouvelle poussée du chômage en février montre que la France est encore loin, très loin d'être sortie d'affaire. Mais, alors que la banque centrale allemande fait sa révolution en faveur d'un assouplissement monétaire quantitatif dans la zone euro, l'orientation générale de la politique macro-économique européenne devient moins restrictive. Cela ne sera pas suffisant pour obtenir des résultats rapides sur l'emploi, mais cela peut redonner de l'espoir, à condition que la politique menée soit mieux expliquée.

François Hollande, qui a affirmé avoir reçu cinq sur cinq le message des électeurs, a-t-il encore la légitimité pour convaincre l'opinion que le redressement engagé nécessite encore du temps ? Là est l'inconnue. Les efforts commencent pourtant à payer : déjà, le coût du travail se stabilise, grâce aux allégements de charges sociales du crédit d'impôt compétitivité emploi. La position relative de la France s'équilibre avec notre principal concurrent, l'Allemagne.

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L'objet du pacte de responsabilité est d'accélérer ce mouvement en donnant aux entreprises un cadre rassurant pour investir. Ce qui a fait défaut jusqu'à présent, c'est la mise en cohérence du discours et des actes. À force de zigzags et de coups d'éclat inutiles, beaucoup de mal a été fait à l'image de la France auprès des investisseurs français et étrangers, qui le lui ont fait payer en se détournant d'un pays qui reste pourtant la deuxième économie de la zone euro.

Quel que soit le nouveau gouvernement de François Hollande, il va devoir s'atteler à finir le travail commencé. Trouver 50 milliards d'euros d'économies sur trois ans pour tenir les engagements de réduction des déficits est-il incompatible avec une politique de « gauche » ? Pas forcément, mais cela nécessitera beaucoup d'explications de texte. C'est désormais la responsabilité du président et de lui seul que de mener ce plan à son terme.

Faudra-t-il, pour faire passer la « pilule », adresser des signaux à l'électorat de gauche ? Sans doute, au travers de ce qui sera fait sur l'éducation, la culture, la politique sociale. On a bien vu avec la mini réforme de l'assurance-chômage que le temps n'est pas encore venu de réduire les filets de protection sociaux. Baisser les impôts pour les ménages modestes et moyens, comme on en évoque l'hypothèse est l'ultime habileté de cette fin de campagne municipale ? Après les avoir beaucoup augmentés, le signal sera sans doute bienvenu, même si François Hollande tire cette cartouche plus tôt qu'il ne le voulait. Mais les effets n'en seront pas perceptibles avant 2015 alors que les impôts 2014, eux, subiront les effets des hausses des dernières années.

À lire également

  • Les petites surprises du 1er tour des municipales 2014
  • Chômage : très forte hausse de 0,9% en février
  • Municipales: forte abstention et poussée du FN

Le seul juge de paix de la réussite ou non du "socialisme de l'offre", ce sera l'emploi, et celui-ci dépend de la confiance qu'accorderont, ou non, les entreprises à l'action d'un président désormais placé au pied du mur. Et à la capacité de la France de réduire vraiment un taux de chômage devenu, à plus de 10%, structurel, et deux fois plus élevé qu'il ne l'est outre-Rhin. Seule une action de réforme dans la durée permettra d'en venir à bout.

Philippe Mabille

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