2017 : à partir de quand faudra-t-il commencer à avoir peur ?

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Donald Trump.
Donald Trump. (Crédits : CARLO ALLEGRI)
En 2017, un monde imprévisible s'annonce, marqué par des incertitudes politiques, géopolitiques et économiques inédites. La façon dont les banques centrales sauront ou pas gérer la sortie de la déflation et normaliser leurs politiques monétaires sera l'une des clefs pour éviter le pire.

L'an dernier, le magazine américain Bloomberg, dans son "Guide pessimiste pour 2016", avait annoncé le Brexit et la victoire de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Deux projections qui se sont réalisées. Même si le travail auquel se livre Bloomberg est avant tout un exercice de fiction, prévoir le pire permet de s'y préparer. Même si l'on espère et préfère le meilleur. Pour son Guide pessimiste de 2017, Bloomberg se risque donc à prédire la victoire de Marine Le Pen à l'élection présidentielle française et un référendum sur une sortie de la France de l'Union européenne. Ce « Frexit » sonnerait la fin de l'Europe telle que nous l'avons connue. En Allemagne, Angela Merkel perdrait les élections générales de l'automne tandis qu'en Italie, le leader du Mouvement 5 Étoiles, Beppe Grillo, se hisserait au pouvoir et lancerait, lui aussi, un référendum pour rétablir la lire italienne. Au Royaume-Uni, Theresa May serait remplacée par un candidat de la ligne dure du Brexit, après l'échec des négociations avec l'UE. La Grèce chuterait à nouveau, mais, cette fois, l'Europe cesserait de la renflouer...

Aux États-Unis, Bloomberg voit monter la protestation contre Donald Trump avec la fusion des mouvements étudiants, des activistes de Black Lives Matter et d'Occupy Wall Street. La Californie prendrait le leadership de l'opposition et lancerait un référendum sur le « Calexit » pour prendre son indépendance. Face à l'isolement croissant des Etats-Unis, la Chine de Xi Jin Ping et la Russie de Poutine prendraient de l'assurance sur la scène mondiale sur fond d'extension de l'Etat islamique en Asie centrale et de montée de la menace nucléaire nord-coréenne.

Vers un retour à la normale ?

Voilà, pour ceux qui veulent jouer à se faire peur, le pire du pire des prévisions politiques. Toutes ont leur part de vraisemblance et on pourrait continuer longtemps comme cela à faire de 2017 la réédition de 2016, en pire. Comme le soulignait Alec Douglas-Home, éphémère Premier ministre britannique dans les années 1960, « il y a deux types de problèmes dans la vie : les problèmes politiques qui sont insolubles et les problèmes économiques qui sont incompréhensibles ». Commentaire de l'économiste de Saxo Bank, qui reprend cette citation : « Douglas-Home n'avait pas complètement tort : au cours des dernières années, l'évolution des marchés financiers et l'apparition des taux négatifs ne correspondaient en rien à ce qui est enseigné dans les manuels d'économie. Cependant, 2017 devrait confirmer le retour à la normale amorcée en fin d'année. C'est la bonne nouvelle ».

Sur le plan économique, donc, que peut-on attendre de 2017 ? L'année s'annonce imprévisible, avec un poids majeur des tensions politiques et géopolitiques qui pourraient pénaliser le climat des affaires. De fait, le monde n'est pas en très bonne santé, avec une croissance mondiale qui plafonnerait l'an prochain à 3,3% selon l'OCDE, 3,4% selon le FMI, tandis que la part du commerce dans le PIB mondial continuerait de s'affaiblir. Cette dé-mondialisation risque d'être accentuée par la montée des protectionnismes alors que les gouvernements sont contraints de répondre à l'inquiétude des classes moyennes tentées par des réponses populistes.

Personne ne sait très bien dire quel président sera vraiment Donald Trump lorsqu'il succédera à Barack Obama fin janvier. Sans doute son action sera-t-elle plus pragmatique et moins dramatique que sa campagne ne l'a laissé entrevoir. Une chose semble sûre : 2017 devrait être l'année d'un nouveau paradigme pour les politiques économiques. En promettant une relance budgétaire et fiscale, en faisant remonter le dollar, Trump a déjà provoqué un choc sur l'économie mondiale. Son élection annonce la fin probable de la parenthèse des taux d'intérêt bas, du pétrole à bas prix et de l'inflation faible. « Depuis l'été dernier, note Saxo Bank, les anticipations d'inflation dans les pays développés sont de nouveau en hausse sous l'effet d'une progression du prix global des matières premières et, surtout, de la sortie confirmée de la déflation de la Chine. Après des années de déclin, l'inflation au sein du G7 a atteint fin 2016 une moyenne de 0,8% par rapport à un point bas de 0,35% en mai de la même année. »

Les banques centrales à la manoeuvre

2017 pourrait donc marquer un tournant dans les évolutions que nous avons connues depuis la crise financière de 2008. Aux Etats-Unis, les taux obligataires ont doublé depuis l'élection de Donald Trump. En France, ils ont triplé, tout en restant sur des niveaux historiquement très faibles. Il n'est pas impossible qu'à l'approche de l'élection présidentielle française, notre dette soit sous tension, ce qui mettra la pression sur les candidats aux promesses électorales trop généreuses. L'hypothèse d'un véritable krach obligataire ne fait toutefois pas consensus. La Fed a d'ores et déjà agi et prévenu les marchés que sa première hausse des taux sera suivie de trois autres en 2017. La BCE a de son côté promis que sa politique de rachats d'actifs restera en vigueur, quoi que de façon moindre, jusqu'à la fin de 2017. Dans un monde imprévisible, il est heureux, et essentiel, que les banques centrales demeurent un acteur prévisible. Car si elles perdent le contrôle de la normalisation en cours, alors là, oui, il faudra commencer à avoir peur.

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Commentaires
a écrit le 10/02/2017 à 22:16 :
Les journalistes toujours provoquent les émotions du peuple, la peur de l'avenir imprévisible, le dégoût pour Untel politique, etc. afin d'exercer ce pouvoir exorbitant des media sur les démocraties. C'est le populisme en marche. Campons sur les faits réels.
La croissance mondiale continue autour de 3,5% alors que celle de la France est de 1%.
Trump est élu sur un programme disruptif qu'il a minutieusement préparé, cela crée une nouvelle respiration pour l'Amérique qui possède des institutions libérales à toute épreuve.
Puisque UK quitte l'Europe, les accords commerciaux laborieusement élaborés par l'administration européenne restent utilisables sans droit d'auteur.
La dette d'un pays n'a d'autre limite que sa capacité supporter le service de la dette, ce qui devient problématique quand la population ne travaille pas ou reste peu compétitive.
Le principal risque vient des banques centrales qui ont créé tant de liquidité qu'une inflation galopante menace de fondre la valeur de la monnaie à tout moment. Un détail pour les travailleurs, un avantage pour les entrepreneurs qui vont retrouver crédit, une catastrophe pour les spéculateurs et les retraités. Comme parachute, de monnaies locales dont la technique est aujourd'hui bien maîtrisée pourront émerger..
Les "global supply chains" de la grandes industrie ne seront pas bouleversées.
La notion de "revenir à la normale", est totalement illusoire.
a écrit le 06/02/2017 à 15:56 :
En ce qui me concerne je commencerai à avoir peur lorsque que je verrai les premiers missiles russe et chinois passer au-dessus de la France .
a écrit le 23/12/2016 à 0:43 :
"Qui craint de souffrir, il souffre déjà ce qu'il craint"(Montaigne).
a écrit le 22/12/2016 à 8:32 :
Peur de qui ,peur de quoi ???ce sont les médias (et spécialement Français)qui maintiennent cette mauvaise ambiance !!!quant on voit tout ce qui est dit contre Trump on se demande ou ils vont chercher ca ???on croirait qu il a pris le pouvoir à coup de canon comme un dictateur alors que c est une majorité d Américain qui l a elu !!!!
a écrit le 22/12/2016 à 7:06 :
et , pourquoi ne pas titrer , et developper le thème suivant : " à partir de quand pourrons nous commencer à etre moins inquiets " ? parce qu'il va y avoir de grandes avancées , dès 2017 : La fin des " va t en guerre égémonistes " aux USA - La fin de notre énarchie bien française ( tout comme l'establishment vient de se faire virer aux US ) - La création , en cours , du club des 4 ( Chine , Russie , Japon ,USA ) qui de toute evidence tranquilisera la planète ...!
a écrit le 22/12/2016 à 6:53 :
En France , on ne parlerait pas de Marine Le Pen si les élus de tout bord ne magouillaient pas sur le dos du peuple . Assez des mensonges , des cumuls de fonction et trop de gens à payer sur notre dos . Les politiques sont des menteurs et prennent les gens pour moins que rien. Diviser les politiques en poste par deux , interdisons les cumuls et radions de leur mandat ceux qui mentent (faux cv , faux patrimoine , fausses déclarations fiscales , problème de justice ext......) Vous verrez , on commencera a y voir plus clair.
Pour finir retraite de tous à 65 ans
a écrit le 21/12/2016 à 16:17 :
Pas beaucoup de commentaires constructifs ici...
C'est peut-être aussi pour ça que 2017 sera pire, si nous restons tous sur nos égoïsmes et nos visions courtermistes. Dans ce monde hyperconnecté et de plus en plus en interaction, comment peut-on avancer, comment œuvrer à un monde plus juste, comment résister aux autocrates qui avancent... Ce sont de vraies questions qui ne vont pas se résoudre avec l'élu providentiel (ou les banques centrales), c'est bien l'implication de tous qui fera que ça avance vers un bénéfice commun ou pas.
a écrit le 21/12/2016 à 10:00 :
Cet article part du principe que les banques centrales ont une quelconque prise sur les évènements. Ce qui, au mieux, reste à démontrer, et, au pire, est une fiction qui sert à fonder les mensonges dont on nous abreuve tous les jours.
Pensez-y!
Réponse de le 21/12/2016 à 17:33 :
Enfin si les taux étaient à 5% et non à 0%, vous comprendriez que les banques centrales ont une certaine prise sur les évènements.
Ce n'est pas le seul levier qui fait la croissance, mais c'est un levier important.
a écrit le 21/12/2016 à 9:56 :
ceux qu'il faut rendre responsable
de l'incertitude sont les actuels dont plus personne ne veux
les Obama Merkel hollande et leur semblabe
et de leur vision a proteger a tout prix la finance
le monde peut vivre sans leur egemonie
a écrit le 21/12/2016 à 8:52 :
Le monde imprévisible c'était avant! Au lieu de se comporter comme un Empereur, il ne sera que Président et tout les chaos générer par les US s'éteindront petit a petit!
a écrit le 21/12/2016 à 4:09 :
Ce titre est racoleur. Avoir peur, mais de quoi ? Une 3eme, c'est pratiquement impossible, ou celui qui le decidera signera la fin de l'humanite. CQFD.
Arretez de vous angoisser, buvez de la verveine, c'est bon pour les nerfs de francais tendus.
a écrit le 20/12/2016 à 20:46 :
La France est endettée en raison de l'extraordinaire médiocrité de nos dirigeants depuis 20 ans. Nous avons 2100 milliards de dettes plus 100 de plus par an, nos gouvernants n'arrivant pas à boucler les fins de mois. Hollande pendant 4 ans a profité de taux bas, de la dévaluation de l'euro, d'un baril à 49 dollars. Pour quel résultat , rien , croissance anémique et chômage de masse. En 2017, si les taux et le pétrole remontent, les réformes n'ayant pas été réalisées par les socialistes , marché du travail, fiscalité etc... ça va tanguer.
Réponse de le 21/12/2016 à 17:36 :
Médiocrité de nos dirigeants, mais démocratie.
Derrière l'endettement massif, il y a aussi les Français, qui ont rechigné à des efforts nécessaires.
a écrit le 20/12/2016 à 20:41 :
Avoir peur de quoi au juste ? On critique Trump ou LePen sans même les avoir vu à la barre de leurs navires respectifs. Qui cela sert-il ? Les partis politiques en place nous feraient-ils le coup de la chaise vide de Giscard ? Après eux le déluge ? Et bien je dis: avant toi, il y en avait un autre et après toi, il y en aura un autre :-)
Réponse de le 21/12/2016 à 10:49 :
100% d'accord !
Réponse de le 21/12/2016 à 17:40 :
On critiquait aussi le Brexit, on a vu que les plus anti-UE ont refusé de prendre la responsabilité de négocier cette sortie, et on voit où on en est aujourd'hui - nulle part.
Oui, on critique Trump et Le Pen, comme les Brexiters, car ils font des promesses intenables, ils mentent au peuple en se disant proche du peuple.
Les partis de gouvernement ne sont pas parfaits non plus, mais ont un plus grand sens des réalités.
a écrit le 20/12/2016 à 20:36 :
"L'hypothèse d'un véritable krach obligataire ne fait toutefois pas consensus."

Cool, on se croirait revenu en 2007: l'hypothese d'un eclatement de la bulle des subprimes ne fait pas consensus...
a écrit le 20/12/2016 à 19:45 :
"Ce « Frexit » sonnerait la fin de l'Europe telle que nous l'avons connue."

Vous faites énormément de publicité au FN là quand même, parce qu'une telle perspective au milieu de ce flot de mauvaises nouvelles c'est presque un espoir. Je ne pense pas que le front national ait les épaules pour nous sortir enfin de cette europe mortifère, Philippot est une des rares tête pensante mais isolée, il est menacé en plus par la frange canal historique du fn, et ensuite le niveau y est quand même franchement désastreux là dedans.

En tout cas je vous remercie vous ne mettez pas le NPA dans les catastrophes possibles et je préfère rester dans l'europe avec le NPA, histoire de voir les autres leaders européens tomber d'infarctus, qu'en sortir avec le fn même si je voterais quand même la sortie, espérons donc qu'il gagne non ? Le dernier espoir d'élections discréditées par une compromission généralisée de la classe politique.
a écrit le 20/12/2016 à 18:32 :
Je crains que le guide pessimiste de 2017 soit encore trop optimiste par rapport à ce qui se prépare.
a écrit le 20/12/2016 à 17:54 :
Pour le moment tout roule CAC 40 au top, Dollars presque 1 pour 1 , chomage à 4.9% ouf la peur de voir clinton semble avoir rassuré la finance et pas mal de monde sauf ceux qui croient les politiciens ! Vous vouliez peut-être dire le contraire dans votre article ?

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