À l’ancienne
Bruno Jeudy, directeur délégué de la rédaction

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Duettistes ou duellistes ? Les actualités politique et cinématographique, par un facétieux hasard, se font écho avec la nomination du plus vieux Premier ministre de la Ve République et la sortie du film À l'ancienne ! En effet le monde d'hier, pour ne pas dire d'avant-hier, s'est imposé à Emmanuel Macron, incarnation qui se réclame de la modernité et s'affiche en porte-étendard de la « start-up nation ». Quand le RPR, pour ne pas dire l'UDR, se remet en marche pour bousculer Renaissance... Peut-être le chef de l'État a-t-il médité la réflexion de Jean Anouilh « les jeunes sont déjà les vieux de quelqu'un ».
L'arrivée à Matignon de celui que Jacques Chirac surnommait de manière méprisante le « moniteur de ski » constitue une belle revanche pour l'un des plus beaux CV de la République. En effet le natif de La Tronche - ça ne s'invente pas - fut le plus jeune conseiller général de France à 22 ans avant de devenir le benjamin de l'Assemblée en 1978. Emmanuel Macron avait... 3 mois. Sénateur, président de conseil général, quatre fois ministre sous trois présidents, deux fois commissaire européen, négociateur efficace des conditions du retrait de l'UE du Royaume-Uni, voilà de quoi inspirer le respect.
Ses premiers pas sont rassurants. Les sondages effectués après l'arrivée de ce couteau suisse ou plutôt savoyard de la politique se révèlent encourageants, avec 40% d'adhésion à sa nomination. La ténacité et la loyauté que revendique Michel Barnier plaident en sa faveur. La carte de l'apaisement jouée par le président et incarnée par son nouveau Premier ministre semble fonctionner.
En affichant comme priorités l'action et l'humilité, il se démarque du verbe haut de son prédécesseur Gabriel Attal et d'Emmanuel Macron, dont il fustigeait en 2021 la manière solitaire et arrogante de gouverner. Il y a chez ce conservateur modéré un mélange de Jacques Chirac et de Jean-Pierre Raffarin. La droite républicaine, qui n'avait plus goûté au pouvoir depuis douze ans, se réjouit de cet incroyable miracle avec... moins de 50 députés. Marine Le Pen se félicite de cette nomination tout en mettant le gouvernement Barnier sous surveillance. Quant aux macronistes, les voilà contraints de le soutenir bon gré mal gré. La composition du gouvernement Barnier devra relier les fils de cette majorité très relative et improbable. Ce sera son premier test. Car il ne s'agit ni d'une coalition ni d'une cohabitation. Emmanuel Macron préfère parler de « coexistence exigeante ».
Au-delà des mots, les deux têtes de l'exécutif savent que le temps de l'action leur est compté. Pour le premier, ça peut durer une poignée de semaines. Pour le second, il s'agit d'éviter que l'instabilité politique l'entraîne vers une démission sur laquelle spéculent adversaires et faux amis. Reste donc à appliquer efficacement cette raffarinade de Michel Barnier : « Le président va présider et le gouvernement va gouverner. »
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